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Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne ressuscitée

Dans le cadre de la redécouverte d’œuvres opératiques oubliées, la tragédie lyrique reformée est l’objet d’un nouvel intérêt, amenant à explorer le travail de compositeurs dont le nom a été oublié, parmi lesquels figure .

Compositeur entre autres d’une Electre et d’une Phèdre, cette dernière est retenue par l’indispensable pour restituer l’importance de ces œuvres charnières entre le baroque finissant et le romantisme naissant. En effet, les ouvrages du XVIIIᵉ siècle finissant, période courte d’une cinquantaine d’années, usent d’une élaboration épurée au niveau dramatique et d’un resserrement psychologique des personnages. Leur naissance dans une époque corroborée par des évènements politiques majeurs scella leur sort dans les méandres de la mémoire dont seuls subsistent de façon hégémonique les opéras de Gluck. Oubli réparé avec cette Phèdre, qui permet d’entendre de nouvelles facettes de la tragédie lyrique française, dont l’enregistrement en studio vient après plusieurs expériences en version sémi-scéniques à Paris ou à Metz.

Le rôle de Phèdre est transcendé par qui maîtrise désormais entièrement les tourments du personnage. La voix est claire, la prononciation absolument impeccable et la tessiture lyrique du soprano donne une crédibilité de jeune femme qui pense pouvoir intéresser le jeune prince Hippolyte. Il serait intéressant d’entendre ce que pourrait en faire une mezzo-soprano pour en donner une version plus noire et angoissée (la créatrice du rôle Antoinette Saint-Huberty, proche du compositeur, semblait posséder cet ambitus). Toutefois, l’engagement de l’actrice est saisissant, notamment dans son aveu à Hippolyte au premier acte. Celui-ci est incarné par dont les habitudes plus mozartiennes servent ici, avec vaillance et distinction, la jeunesse du personnage (tel l’entrecroisement des voix d’Hippolyte avec son père). est vaillamment arrogant dans l’émission vocale, décochant avec facilité la rage de Thésée dans la grande scène qui ouvre l’acte III.
L’énergie et la finesse de l’orchestre sont deux qualités que l’on a plaisir à retrouver au fur et à mesure des différentes expériences proposées et accompagnées par (tel le récent Hypermnestre).

Comme toujours avec le , le livret d’accompagnement est riche, fourni, érudit, complet. Gageons que le souhait de cette institution de rendre à nouveau accessibles ces opéras oubliés encourage les maisons d’opéra à les programmer et d’espérer de nouvelles découvertes tout autant palpitantes que cette Phèdre qui ne déparerait pas dans le répertoire des grandes tragédiennes, auprès de la Médée de Cherubini.

 

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