Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne à l’Arsenal de Metz

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Grande salle de l’Arsenal. 24-III-2019. Jean-Baptiste Lemoyne (1751-1796) : Phèdre, tragédie lyrique en trois actes sur un livret de François-Benoît Hoffmann. Adaptation pour quatre chanteurs et dix instrumentistes de Benoît Dratwicki. Mise en scène : Marc Paquien. Scénographie : Emmanuel Clolus. Costumes : Claire Risterucci. Lumières : Dominique Bruguière. Avec : Judith Van Wanroij, Phèdre ; Diana Axentii, Œnone ; Camille Tresmontant, Hippolyte ; Thomas Dolié, Thésée. Le Concert de la Loge, direction : Julien Chauvin

Photo-Grégory-Forestier-624x413Créée l’année dernière aux Bouffes du Nord, cette version très « XVIIIe siècle » de la tragédie de Racine fait honneur à tout le travail de redécouverte de la fondation Palazetto Bru Zane.

Confiée, dans l’adaptation de , à quatre chanteurs et à dix instrumentistes, la partition de atteint une épure que souligne encore la densité du beau livret de François-Benoît Hoffmann, l’auteur de la Médée de Cherubini. Dans une esthétique qui relève davantage de Gluck que de Piccinni, la partition du compositeur français met en valeur le verbe et la déclamation, même si forcément l’alexandrin racinien, dans cette résurgence très « Louis XVI » du Grand Siècle, cède la place au rythme et à la pulsation du décasyllabe. Point de ballets pour ralentir l’action, tout est concentré sur la tragédie que vivent ces quatre personnages ravagés dans leurs passions et meurtris dans leur traversée du désert. La mise en scène, qui certes ne peut pas avoir la force de la version du texte de Racine autrefois proposée par Patrice Chéreau à l’Odéon, s’en inspire néanmoins. Elle vise en tout cas à la même économie de moyens. Évoluant autour des instrumentistes figés dans leur propre tombe, les acteurs-chanteurs font tous preuve d’une intensité dramatique qui force le respect.

Nouveau venu par rapport à la précédente distribution, le ténor fait valoir une véritable voix de haute-contre à la française, très à l’aise dans les hauteurs de la tessiture du rôle d’Hippolyte. En Thésée, le baryton renouvelle sa formidable prestation d’il y a deux saisons, autant sur le plan scénique que musical. Plus en retrait vocalement, est une Œnone bien chantante et efficace dans ce qui reste avant tout un rôle de faire-valoir, même si le personnage gagne en consistance vers la fin de la pièce. Le plateau reste dominé par la soprano , dont la voix gagne d’année en année en profondeur, en brillant et en force de projection. Formidablement expressive dans les notes les plus basses, elle darde des aigus rayonnants tout en maintenant une homogénéité vocale que l’on trouve rarement dans des parties pour lesquelles la déclamation revêt une telle importance. Digne héritière de Véronique Gens, la soprano a vite su se rendre indispensable des programmes de musique baroque. Dirigés par , les musiciens du Concert de la Loge font œuvre de discrétion et d’efficacité dans une partition d’orchestre plutôt conventionnelle, mais qui n’est pas sans réserver ici ou là quelques surprises.

Crédit photographique : © Grégory Forestier

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