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Hypermnestre de Charles-Hubert Gervais : emballant retour

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Charles-Hubert Gervais (1671-1744) : Hypermnestre, tragédie en un prologue et cinq actes sur un livret de Joseph de La Font et Joseph Pellegrin (pour la seconde version de l’Acte V). Avec : Katherine Watson, Hypermnestre ; Mathias Vidal, Lyncée ; Thomas Dolié, Danaüs ; Chantal Santon-Jeffery, une Egyptienne, une Naïade, une Argienne, une Coryphée ; Manuel-Núñez Camelino, un Egyptien, le Grand-Prêtre d’Isis, un Berger, un Coryphée ; Juliette Mars, Isis, une Matelote ; Philippe-Nicolas Martin, le Nil, Arcas, l’Ombre de Gélanor. Purcell Choir et Orfeo Orchestra, direction : György Vashegyi. 2 CD Glossa. Enregistré au Béla Bartók National Concert Hall du Müpa de Budapest en septembre 2020. Notice trilingue (français, anglais et allemand). Livret bilingue (français, anglais). Durée : 74:32 et 71:27

 

S’il est des résurrections musicales qui n’ont de justification qu’historique, il n’en va pas de même avec Hypermnestre.

hypermnestre glossaQui n’a déjà employé l’expression « Tonneau des Danaïdes » ? La tragédie de Charles-Hubert Gervais remonte aux sources de la punitive métaphore. Figure de la mythologie grecque, Hypermnestre est une Danaïde, c’est à dire une des (cinquante !) filles du roi Danaüs, promises en mariage à leurs (cinquante !) cousins. Sous l’injonction d’un père désireux de conjurer ainsi la fatale prédiction d’un oracle, les Danaïdes égorgent leurs futurs. L’étrange union envisagée par le souverain n’aura donc pas lieu et les Danaïdes seront condamnées à remplir un tonneau sans fond aux Enfers. Seule réticente au carnage, Hypermnestre, au prénom prémonitoire (-mnestre signifiant complot) fera le choix walkyrien de la désobéissance paternelle afin d’épargner son cousin et amant Lyncée. L’issue sera néanmoins fatale (comme l’avait prédit l’oracle, Danaüs mourra) et heureuse (Lyncée régnera avec Hypermnestre).

De ce double dénouement, le superbe enregistrement conduit par fait état. Il propose les deux versions de l’Acte V (nouveau librettiste, nouveau livret, nouvelle musique), aussi intéressantes l’une que l’autre. La seconde version fut composée dès l’année qui suivit la création d’Hypermnestre en 1716, à la demande de la critique de l’époque. L’, plein et vibrant, révèle la hauteur musicale d’une partition qui, tout en évoquant Purcell (la prédiction d’un oracle qu’on croirait venu du Froid, la longue et sublime Passacaille chantée de l’Acte IV), délaisse l’ascétisme lullyste pour se rapprocher de l’opulence orchestrale ramiste : une vingtaine de danses joliment tournées, un tremblement de terre, un tambourin, des airs d’une prégnante mélancolie mélodique (Mais un calme soudain), et même des récits qui ne laissent pas indifférents (Fer fatal), le tout au service de personnages auxquels on s’intéresse.

est un Danaüs tourmenté, impérial, un Lyncée qui vient compléter la belle galerie de portraits engagés fréquentés par le chanteur. Personnalité toute aussi attachante, voit l’envergure de son Hypermnestre contrainte par quelques aigus précautionneux. Une limite qui touche également , en vraie difficulté dans le haut du registre. s’avère inégalement souple tandis que navigue avec tant d’assurance et de tempérament sur l’exigence stylistique des quatre « petits » rôles qui lui ont été confiés qu’on la rêverait en Hypermnestre. (l’ Oracle, le Grand-prêtre et même le Nil) impose stature et musicalité. Les pages chorales, nombreuses et prenantes, parachèvent un tableau vocal superbement cadré par le .

Hypermnestre, pilier du répertoire de l’Opéra de Paris, traversa la Régence, la presque totalité du règne de Louis XV, sans jamais pâlir de l’avènement de Rameau qu’il annonçait avec 20 ans d’avance. Ce magnifique enregistrement venu de Hongrie, et né des patientes et nécessaires reconstitutions de la partition lacunaire opérées par le CMBV, vient rappeler le grand succès qu’il fut et annoncer celui qu’il sera. Foi d’Oracle !

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Charles-Hubert Gervais (1671-1744) : Hypermnestre, tragédie en un prologue et cinq actes sur un livret de Joseph de La Font et Joseph Pellegrin (pour la seconde version de l’Acte V). Avec : Katherine Watson, Hypermnestre ; Mathias Vidal, Lyncée ; Thomas Dolié, Danaüs ; Chantal Santon-Jeffery, une Egyptienne, une Naïade, une Argienne, une Coryphée ; Manuel-Núñez Camelino, un Egyptien, le Grand-Prêtre d’Isis, un Berger, un Coryphée ; Juliette Mars, Isis, une Matelote ; Philippe-Nicolas Martin, le Nil, Arcas, l’Ombre de Gélanor. Purcell Choir et Orfeo Orchestra, direction : György Vashegyi. 2 CD Glossa. Enregistré au Béla Bartók National Concert Hall du Müpa de Budapest en septembre 2020. Notice trilingue (français, anglais et allemand). Livret bilingue (français, anglais). Durée : 74:32 et 71:27

 
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