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Opéra pseudo-déconfiné pour la Fête de la Musique 2020

Sympathique initiative que de réunir les forces de huit maisons d’opéra européennes pour un nouveau concert numérique diffusé sur Internet. Cette soirée lyrique aura eu le mérite de rappeler une évidence : rien ne vaut la magie du direct.

Le concept du concert d’airs d’opéra sans public, initié le 25 avril dernier avec le At-Home Gala du Met, commencerait presque à accuser ses limites, et l’on espère vivement que ce genre hybride n’aura pas à se généraliser dans les années à venir. La première tentative de et du Metropolitan Opera avait, certes, pour double mission de sauver l’institution new-yorkaise d’une faillite certaine, mais également de marquer d’un bout de la planète à l’autre une forme de résistance par rapport à la maladie galopante et la morosité ambiante. En ces moments où l’espoir revient, et où plusieurs festivals et institutions rivalisent de concepts innovants pour proposer à leur public plusieurs formes de restitution du chant et de la musique, on ne peut évidemment que se féliciter d’une telle initiative qui permet, à l’échelle européenne, de diffuser dans la même soirée un concert issu de huit lieux emblématiques différents. Depuis la soirée du 25 avril, la performance technique s’est quelque peu améliorée, même s’il est difficile de croire que toutes les prestations étaient données en direct, et si la soirée a commencé avec un léger décalage entre son et image. En ces temps de déconfinement, les chanteurs ont désormais l’occasion de se produire dans la salle de l’institution qui les engage, et non plus comme avant depuis leur domicile. Mais quelle tristesse que ces salles vides, privées du public qui leur donne vie et que la caméra ne montre d’ailleurs qu’avec une certaine frilosité.

À l’Opéra de Rome, à Paris, à Varsovie, à Madrid, le concert se déroule dans une ambiance glaciale, et il faut tout le charme de la pulpeuse pour parvenir, à Glyndebourne, à insuffler quelque vie au duo de Candide qu’elle partage avec le ténor . Grâces soient rendues à qui, à Berlin, a su expliquer en quelques mots enthousiastes la programmation et les choix artistiques de son Komische Oper. Il nous a véritablement mis l’eau à la bouche avec ses commentaires sur le genre de l’opérette yiddish allemande, dont la soprano Alma Sadé a pu donner quelques échantillons en avant-première des représentations prévues dans les mois à venir. À Amsterdam, et – brillant pianiste au demeurant – ont fait preuve de quelque imagination en donnant cohérence et théâtralité à leurs extraits, pourtant d’une rare hétérogénéité musicale (Lehár, , Weill, Piazzolla, …). La soirée aura également permis de découvrir certains chanteurs à la carrière entravée par le confinement, à l’image de celle du baryton polonais Andrzej Filończyk qui aurait dû faire ses débuts au Met dans Don Giovanni. Certaines institutions, et on ne s’en plaindra pas, ont joué la carte de leur répertoire national, ce qui a permis à Paris à et de rendre hommage à Messager, Delibes ou Offenbach. A Varsovie, on aura entendu un extrait de Halka de Moniuszko, à Madrid un duo extrait du rarissime Don Fernando, el emplazado du compositeur Valentín de Zubiaurre et à Stockholm des mélodies de interprétées par . À cette dernière échut le privilège de chanter la Liebestod d’Isolde enfin accompagnée d’un orchestre, mais bien sûr dans le respect des règles de distanciation physique en vigueur. Espérons que l’opéra retrouvera vite les conditions de restitution sans lesquelles ce qui est intrinsèquement un spectacle vivant n’a pas lieu d’être.

Crédits photographiques : © Marco Borggreve