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Andrey Baranov, le lion au violon

Après le succès de ses débuts comme soliste au disque (Clef du mois ResMusica), Andrey Baranov signe son opus 2 intitulé « Solo, volume 1 », regroupant des œuvres pour violon de Bach, Ysaÿe et Paganini.

Ce programme aussi ambitieux qu’exigeant met à l’épreuve non seulement les capacités techniques de l’interprète, mais également sa musicalité. Au menu figurent trois monuments dont chacun jalonne une étape importante de l’histoire du violon : la Partita pour violon seul n° 1 BWV 1002 composée par Johann Sebastian Bach en 1720, la « Ballade » d’Eugène Ysaÿe écrite en 1923 pour Georges Enesco, ainsi qu’un bouquet de Caprices de Niccolò Paganini élaborés entre 1802 et 1817. Avec son Guadagnini crémonais de 1758, Andrey Baranov nous emmène en voyage à travers trois siècles et trois époques, montrant l’évolution des techniques du violon pendant ce laps de temps. L’hétérogénéité de l’affiche de ce récital se traduit par une multitude d’impressions musicales.

L’exécution de la Partita pour violon seul n° 1 du Cantor de Leipzig présente des traits romantiques, associant l’ampleur du geste à la fluidité du discours et à la rondeur de sonorités riches en harmoniques. Bien équilibrée quant aux choix de tempos et de nuances, cette prestation s’imprègne d’un ton plein de douceur et de mélancolie, aussi plaintif qu’argentin, faisant penser à celui qui déterminait le jeu de David Oïstrakh. C’est dans cette ambiance qu’on savoure la sérénité et toute une variété de teintes clair-obscur.

Pour la « Ballade » d’Ysaÿe, la paix majestueuse qui caractérisait la lecture de la Partita n’est perceptible qu’au début, puis l’atmosphère s’épaissit, les coups d’archet deviennent angoissants sans être violents. La virtuosité est au rendez-vous jusqu’à la fin, l’interprétation vibre d’intensité et d’émotion. D’une part, Andrey Baranov suscite un climat d’anxiété et de mystère ; d’autre part, il met en valeur la poésie contenue dans cette page.

Concernant l’exécution des Caprices n° 1, n° 2, n° 9, n° 14, n° 17, n° 20 et n° 24 de Paganini, Baranov subjugue par la souplesse de l’articulation comme par sa précision. Son jeu est viril, les phrasés retentissent avec netteté, les mélodies chantent, le sérieux s’entremêle avec l’humour. Sous ses doigts, ces Caprices font penser à des bijoux soigneusement polis par un orfèvre : brillants et raffinés, révélant autant de légèreté que de simplicité et de grâce.

Avec ce nouveau disque, Andrey Baranov, le vainqueur du Concours Reine Elisabeth 2012, confirme qu’il est l’un des violonistes les plus prometteurs de sa génération. Espérons qu’il projette d’enregistrer la totalité des Partitas de Bach, des Sonates d’Ysaÿe et des Caprices de Paganini !

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