- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Qu’il est beau le Postillon de Lonjumeau !

Avant de tomber dans l’oubli, Le Postillon de Lonjumeau, créé en 1836 à l’Opéra-Comique, fut un triomphe retentissant. Cette parution en DVD de la récente mise en scène de enrichit une discographie réduite à un enregistrement pas toujours satisfaisant avec John Aller et June Anderson.

Témoignage des représentations de l’Opéra-Comique de mars-avril 2019, ce DVD est un régal pour les yeux et les oreilles, pour peu que l’on goûte le kitsch assumé de la production et le caractère suranné de l’œuvre.

Opéra sur l’opéra, œuvre du XIXᵉ siècle sur le XVIIIᵉ, histoire d’un homme qui devient chanteur lyrique, marivaudage suranné, il n’en fallait pas moins pour passionner (lire notre entretien). Le metteur en scène fantasme sur le XVIIIᵉ, avec l’aide de pour les fabuleux costumes et Emmanuel Charles pour des décors oniriques et de carton-pâte hauts en couleurs. Tout est ici réinventé, réinterprété, en respectant les codes de l’époque (la rampe et les éclairages frontaux, les décors de toiles peintes etc).

Michel Fau et le chef d’orchestre croient en cette musique et en son esprit qu’ils défendent avec une vigueur et un premier degré réjouissants. Cela donne un spectacle d’une grande fraîcheur où le rire le plus trivial est suivi par l’émotion immense de la sublimation d’une époque révolue et rêvée.

a composé une musique mélodique, parodique, évocatrice, agréable et redoutable pour le rôle principal qui doit assumer le fameux contre-ré mais aussi endosser le costume de comédien. est tout bonnement miraculeux en Chapelou. Le timbre a la couleur et la lumière de ces voix du temps du microsillon. Les contre-notes émises en voix de tête surprennent le spectateur contemporain peu habitué à de telles prouesses et la diction française est étonnante. Le jeu scénique est en outre très engagé. À ses côtés, est une sublime Madeleine/Madame de Latour, successivement douce et vengeresse et dotée d’une technique également superlative, notamment pour les grands airs de l’acte II. Que dire de l’abattage de , truculent et surtout évident Marquis de Corcy. Enfin, campe un Biju/Alcindor particulièrement charismatique.

Tous ces chanteurs sont accompagnés par un Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie qui endosse la complexité d’une partition plus nuancée qu’il n’y paraît. Tout cela donne un DVD qui peut être considéré aujourd’hui comme une référence d’autant que la captation est excellente. Dommage que le label n’ait pas prévu de bonus (interview, documentaire) et que le livret soit succinct.

(Visited 535 times, 1 visits today)