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Petra Lang chante Mahler avec le Philharmonique de Strasbourg

Construit autour de dans les Rückert Lieder de Mahler, le concert rate de peu sa cible principale, mais se rattrape avec de magnifiques Barber et Beethoven.


C’est un soir d’abonnement, à la mode Covid-19. Public rare et clairsemé, choix de pièces courtes et variées pour éviter l’entracte et néanmoins satisfaire le public qui s’est déplacé, pour une heure de musique au maximum. Celui-ci ne proteste pas, content d’avoir encore des concerts le soir, en cette période où il tombe des couvre-feux et où les frontières se ferment.

En début de concert, l’Adagio pour cordes de ouvre la voie qui sera celle d’un lyrisme exacerbé, dans une œuvre étrangement mahlérienne. Avec ses phrases étirées entre bonheur et douleur au maximum du supportable, ce n’est pas seulement le style, mais aussi le sens qui parait extrêmement proche des symphonies de Mahler, comme par exemple avec le poco adagio de la Symphonie n°4. C’est du silence que le pianissimo initial émerge, que le courbe mélodique se tend au maximum avant d’y retourner, un silence comme un coma, puis définitif. La cohésion, la discipline, le velouté des cordes du Philharmonique de Strasbourg sont admirables.

Après cette excellente introduction, on attend beaucoup de dans les Rückert Lieder de Mahler. La grande wagnérienne est toujours à l’apogée de ses moyens impressionnants, qu’elle contrôle totalement. Puissance, vibrato, homogénéité des registres, diction, tout est parfait. Et pourtant, l’émotion ne vient pas. L’orchestre, très exact, n’est pas en cause, ni non plus la battue du chef, attentionné et précis. Est-ce une certaine difficulté de Petra Lang (comme il arrive souvent à ces voix à soufflerie d’orgue) à colorer ou iriser sa voix au timbre uniformément opalin ? Est-ce un manque d’aisance stylistique du Philharmonique de Strasbourg dans ce répertoire qu’il joue peu (malgré une intégrale annoncée des symphonies de Mahler) ? Les trois premiers Lieder passent dans une sorte d’académisme insensible. Quelque chose sourd dans « Um Mitternacht », et enfin, l’émotion éclot dans « Ich bin der Welt abhanden kommen». C’est comme si deux langages parallèles, celui de la chanteuse et celui de l’orchestre, avaient du mal à s’entendre, à se superposer, avant de se rencontrer finalement. Ou alors, manquait-il simplement une ou deux répétitions supplémentaires, pour développer une entente réciproque ?

Dans un programme pareil, Le Beethoven qui clôture le concert – une magnifique  Symphonie n° 1 – ne peut être abordé que de façon très classique, disons très « grand orchestre à l’ancienne », avec des tempos bien larges et un son bien romantique. Là, l’OPS est à nouveau totalement à son aise, et s’épanouit dans des phrases moelleuses et agiles, des nuances bien marquées. Les pupitres dialoguent avec un plaisir évident, sous la baguette précise, bonhomme et généreuse de . Charmé, le public fait longuement honneur à l’orchestre et à son chef invité.

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