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Rosemary Standley in love with Franz Schubert

La mélancolie schubertienne sied au timbre de dans cette parution Alpha d’un Schubert pour tous.

est un cas. Ce Schubert in love en est un autre, né d’ascendances musicales qu’a priori tout oppose : le folk pratiqué par un père, Wayne Standley, musicien natif de l’Ohio et de solides études de chant lyrique à Paris. L’amont de ce disque raconte les années Moriarty où, depuis 1999, aux Eurockéennes comme ailleurs, la jeune femme illuminait les concerts du groupe, mais aussi moult compagnonnages : avec, notamment, Laurence Equilbey, ou, pour trois albums transgenres convoquant entre autres, et dans un même souffle, Leonard Cohen, Purcell ou Brel, avec la violoncelliste Dom La Nena ou le théorbiste Bruno Helstroffer.

Rosemary Standley possède un timbre unique, d’un grain presque anachronique, tout de mélancolie voilée : une manière de troubadour de notre temps. Une présence magnétique aussi, que les seuls concerts permettent d’appréhender, ainsi que nous avons pu nous en rendre compte juste avant que la crise sanitaire n’interrompe la série de concerts prévue pour accompagner la parution de ce Schubert in love, audacieuse revisitation du génie éponyme. Si l’on regrette l’absence de l’irrésistible adaptation, en concert, de An Sylvia, les 15 numéros restants invitent quelques hôtes de luxe en la personne d’ (dont la trompette sur-mélancolise Ständchen) et celle de la radieuse avec laquelle Rosemary Standley, complice et joueuse, n’hésite pas à dialoguer.

Toutes les pièces sont arrangées avec talent par pour l’Ensemble Contraste qu’il a co-fondé avec et qui, depuis l’an 2000, a déjà conclu plusieurs mariages mixtes entre musique savante et musique populaire. Quelle différence finalement entre la beauté et la prégnante mélancolie de ces deux tubes immarcescibles, le Jimmy de Moriarty, et le Gute Nacht de Schubert?

Au cœur de l’Abbaye de Noirlac, la prise de son convoque un piano fluide, un violon ardent, une contrebasse aux ponctuations profondes, une guitare enchanteresse, des percussions imaginatives : un instrumentarium aussi inattendu que convaincant, même dans la part d’improvisation qui lui est laissée, avec ses accents folk, jazzy, flamenco. L’ montre aussi qu’il peut jouer Schubert « dans son écrin » sur quelques oasis instrumentaux (une Arpeggione, un Impromptu, un Ave Maria, un Moment Musical, une courte improvisation aux confins de la musique spectrale sur l’Inachevée) mais sait s’en affranchir avec talent, comme au moment subit de cette marche irrésistible au cœur de Gute Nacht.

Ce disque n’a bien sûr rien à voir avec les versions historiques de sommets (Winterreise, Schwanengesang…) pour la plupart habituellement dévolus à des hommes. A l’instar de l’actrice Judith Chemla, qui apportait autre chose à Traviata, Rosemary Standley offre à Schubert une proximité accrue.

Son allemand pourra çà et là sonner appliqué, voire peu idiomatique (« Die Mutter gar von Eh’ ») mais participe du charme sincère d’un disque-confident qui agit comme un baume.

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