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Bruno Helstroffer, passé présent et futur du théorbe

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Œuvres d’Alessandro Piccinini (1566-1638), Johannes Hieronymus Kapsberger (1580-1651), Bellerofonte Castaldi (1581-1649), Erik Satie (1866-1925), Bruno Helstroffer. Rosemary Standley, voix ; Jean-luc Debattice, narrateur ; Michel Godard, serpent ; Emek Evçi, contrebasse ; Bruno Helstroffer, théorbe. 1 CD Alpha. Enregistré en septembre 2017 à l’Abbaye de Noirlac. Durée : 53:11

 

71N7J7Mn9xL._SL1200_Comment deux siècles ont-ils pu se passer du théorbe ! Acteur essentiel de la musique dès la fin du XVIe siècle, le bel endormi a effectué son grand retour au sein des formations baroques sur instruments anciens à la fin du XXe. Le voici au premier plan avec .

est de ces musiciens qui pratiquent le transgenre musical le plus stimulant qui soit. C’est au Dean Moriarty de Jack Kerouac que l’on songe à la lecture de son parcours « sur la route » aux mille rencontres, qui ont conduit Helstroffer du rock (il est aussi un brillant guitariste) à Guillemette Laurens, de la « musique des gens » à lui-même. Il a conduit son « compagnon de route » chez Niquet, Dumestre, Pichon, Alarcón, Warlikowski et même , la chanteuse folk du groupe Moriarty.

Comme le narrateur du célèbre roman de Kerouac, l’auditeur de  Calling the muse se trouve lui aussi embarqué « sur la route », une route balisée par Piccinini, Kapsberger, Castaldi, mais aussi par Helstroffer dont les compositions originales occupent plus de la moitié de ce très beau disque : on remonte aux sources de l’instrument, de Bergame à Rome où la mort de Giordano Bruno coïncida avec le début de la période baroque. Magnifié par la prise de son, le théorbe de Bruno Helstroffer captive, qu’il joue dans son arbre généalogique (la Bergamasca de Kapsberger) comme dans l’exécution de pièces inédites. Le musicien n’hésite pas à unir les titres par-delà le temps : son magnifique Pervoli Blues contemporain n’a ainsi rien à envier à certaine Toccata Nona du XVIIe siècle à laquelle il se voit soudé sans complexe. Le théorbiste ramène avec la même évidence une première Gnossienne n° 1 de Satie à l’orientalisme des origines arabes de l’instrument. Avec les superbes improvisations de Thanks Toumani, il le pare d’allures mandingues qui évoquent la kora de Foday Musa Suso. Il pénètre de la plus troublante façon le Bach du Menuet de la Suite n° 1 pour violoncelle avant de clore sur la pointe des pieds avec une intériorité de raga indien.

Ce quasi-solo sans temps mort convoque brièvement, outre les chouettes effraies de l’abbaye de Noirlac qui scellent avec panache la Corrente vi sopra l’Alemana de Piccinini, quelques autres compagnons de route, humains cette fois : et sa contrebasse ténébreuse, et son étrange serpent, posant sur Comme un beffroi  la pureté d’une voix tentée par le grand saut dans le lyrique. Helstroffer fait enfin exhumer à Dans la chambre de mon théorbe, le vibrant poème que ce dernier lui avait dédié en se glissant dans l’intimité d’un musicien qui affirme que c’est son instrument qui l’a choisi et non l’inverse : un chant d’amour à ce fascinant théorbe dont Bruno Helstroffer, dès sa première composition originale à son adresse, le fiévreux Clan, clamait la modernité.

Calling the muse est un album entêtant promesse d’un bel avenir.

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