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Quatuor vocal et chœurs exceptionnels pour la Missa Solemnis par Mäkelä à Paris

Avec un quatuor vocal idéal et un Chœur de l' magnifiquement préparé par , use de son habituelle fougue pour livrer une Missa Solemnis de Beethoven pleine de vigueur.

Si nous sommes régulièrement circonspects par l'approche très énergique avec laquelle aborde presque toutes les œuvres qu'il dirige, cela convient plutôt bien à certaines d'entre elles.

Une semaine après avoir dirigé deux symphonies de Chostakovitch avec l'Orchestre philharmonique d'Oslo et un style plus adapté à la n°8 qu'à la n°6, le chef finlandais revient à la Philharmonie devant l' pour interpréter l'un des plus grands chefs-d'œuvre de la musique religieuse. Énergique dès les premiers instants du Kyrie, il laisse d'abord des doutes sur son approche en mettant très vite de trop grands éclairages sur certains groupes, à commencer par les violoncelles, qu'on attend plus discrets. Mais très rapidement, le Chœur de l' se lance lui aussi dans l'ouvrage, pour sa part avec une ferveur parfaitement adaptée. Il est immédiatement suivi du quatuor vocal, dont l'introduction toute particulière du ténor Andrew Staples fascine. Relayé par les aigus scintillants de la soprano , le Kyrie Eleison se redéploie ensuite vers le chœur, avant de trouver de très belles sonorités dans les bois, puis de l'envergure par tout le quatuor vocal, également avec la mezzo-soprano et le baryton .

La fougue de Mäkelä s'accorde ensuite bien à l'effervescence du Gloria, particulièrement exalté encore par le chœur, aussi puissant en tutti que lorsque ses groupes se répondent. Les hommes sont environ soixante-dix sur les gradins en arrière scène, les femmes quatre-vingt sur la scène juste derrière l'orchestre, dans un étagement qui fonctionne notamment par le fait que les basses sont souvent renforcées dans leur puissance par leur placement en hauteur. Le ténor anglais relance le quatuor d'un timbre angélique en introduisant « Gratias agimus tibi », superbement relayé par la voix pleine de profondeur de la mezzo. Toute la soirée, l'excellence du quatuor vocal vient du fait qu'en plus de prononcer parfaitement chaque syllabe du texte latin, tous ses chanteurs possèdent une voix extrêmement pure, quasi dénuée de vibrato.

Avec le Credo, la forte dynamique portée par le chef se développe encore, au risque de tourner plus à vide, jusqu'à un moment de grâce totale au début de l'« Et Incarnatus est ». Vite perdu à un tel niveau d'élévation, l'effet paradisiaque est retrouvé à la fin du passage sur la phrase « et homo factus est », coupé cependant tout de suite après par Mäkelä, qui choisit de repartir trop rapidement dans le « Crucifix ». Là encore, toute la fin du Credo cherche plus l'énergie de la forme que l'ampleur du fond, et il faut attendre le Sanctus, avec le basson solo puis surtout l'intervention violon assolo de la nouvelle première violon de l'orchestre au « Benedictus », pour reprendre de la hauteur. Arrivée tout récemment, Sarah Nemtanu semble déjà parfaitement à son aise dans son nouvel ensemble et participe à la qualité de la prestation du second concert, le reste de l'orchestre et notamment ses contrebasses -mieux audibles lorsqu'elles sont à la gauche du chef – se montrant aussi dans un grand soir.

L'Agnus Dei conclut l'œuvre avec une superbe introduction de Finley, unique moment de la messe où l'un des solistes intervient vraiment seul, sans être relayé tout de suite par les autres chanteurs du quatuor. Cet ultime partie s'élève encore avec le chœur, somptueuse jusqu'aux derniers instants. Avec sa ferveur et sa prise d'orchestre impressionnantes, possède déjà cette capacité qu'avait un Solti à nous emmener sans nous lâcher pendant une heure trente sur une œuvre monumentale. Il lui reste à présent à adapter son discours à chaque partition, afin d'apporter encore plus à ses interprétations.

Crédits photographiques : © Mathias Benguigui

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