Après un premier volume paru en 2022, voici vingt-quatre autres pièces qui complètent cette intégrale des mélodies avec orchestre du compositeur romantique.
Cette fois-ci, quatre voix se retrouvent sous la baguette de Pierre Dumoussaud, épaulé par l'Orchestre de l'Opéra Normandie Rouen : l'intensité du mezzo-soprano de Marie-Andrée Bouchard-Lesieur dans Sainte Thérèse prie ; la fraicheur du timbre ouaté du soprano d'Hélène Guilmette que l'on peut apprécier notamment dans Elégie ; les graves soutenus du ténor Julien Henric (Le Petit Jésus), fort d'une diction parfaite et d'un timbre brillant (Chanson pour elle) ; et enfin la sensibilité vibrante du baryton Thomas Dolié (Départ).
Véritables « miniatures lyriques », ces mélodies, orchestrées entre 1872 et 1912, sont cette fois-ci organisées en cycles : le premier, les « Chansons des bois d'Amaranthe », une sorte de suite pour quatuor vocal et orchestre, ce dernier étant agrémenté de manière surprenante par un piano volubile ; le second cycle propose les dix « Expressions lyriques », construites selon une alternance, singulière pour des mélodies, de passages chantés et parlés.
La monotonie, l'une des principales faiblesses du premier volet, ne se retrouve pas ici : avec ces pièces, différentes ambiances se succèdent avec une diversité de couleurs subtilement amenée par la baguette de Pierre Dumoussaud, le chef d'orchestre portant une attention constante à la souplesse des lignes et à l'équilibre entre les voix et l'orchestre, l'accompagnement orchestral réussissant même presque à s'effacer derrière l'expression du texte (Ô Ruisseau). L'Ode à la Nature des Chansons des bois d'Amaranthe mêle espièglerie (Oiseau des bois) et exaltation (Chantez !), danse loufoque (Première danse) et chant a cappella proche du madrigal (Chères fleurs), alors que lumière et vie jaillissent de l'entrelacement des lignes du trio vocal Ô bon printemps.
Pour les Expressions lyriques, initialement dix pièces avec piano dont cinq seulement ont été orchestrées, la candeur des textes, portée par la crédulité d'un amour innocent, est agréablement atténuée par une théâtralité opératique surprenante pour des mélodies, l'alternance du chant ou de la déclamation libre ou mesurée mettant en lumière le jeu de la mezzo-soprano, seule en charge du chant pour ces cinq pièces, à l'image de la discussion éprise du Dialogue, du rendez-vous passionné de Battements d'ailes, ou encore de la fièvre amoureuse du Nocturne.
Le décryptage précis de la note de présentation de Jonathan Parisi permet d'apprécier de façon optimale cette proposition musicale réussie pour une première mondiale.