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Noseda dirige le Requiem de Verdi à la Philharmonie de Paris

Directeur musical depuis cinq saisons de l'Opéra de Zurich, reprend à la Philharmonie de Paris un Requiem de Verdi joué toujours dans un esprit opératique et emporté, avec une ferveur servie par les deux solistes féminines, la mezzo et la soprano .

En grand chef italien qui se respecte, n'en est pas à un coup d'essai avec la Messa da Requiem de Verdi. Et s'il vient la rejouer à la Philharmonie de Paris avec son Orchestre et le Chœur de l'Opéra de Zurich – d'ailleurs juste deux mois avant un autre grand spécialiste actuel de l'œuvre, Daniele Gatti, qui le reprendra avec sa Staatskapelle Dresden – ce n'est pas pour en proposer une vision nouvelle par rapport à ses précédentes interprétations, mais plutôt pour y retrouver la même énergie et le même courroux.

Comme dans son enregistrement officiel avec le London Symphony Orchestra en 2017,  aux concerts de Verbier en 2013 ou à Gstaad l'an dernier, Noseda introduit l'œuvre en cherchant plus la distinction du texte dans le chœur, à l'instar d'un opéra, plutôt qu'une véritable mystique religieuse. Composée juste après Aida, cette messe des morts, que beaucoup considèrent comme un opéra religieux, correspond exactement à cette optique par la façon dont elle est abordée par le chef milanais. Mais si le chœur, séparé entre les femmes à gauche et les hommes à droite derrière la scène, souffre au tout début d'un léger décalage – sans doute dû au manque de temps pour s'accorder à l'acoustique de la Philharmonie – le ténor entraîne tout le quatuor dans un style très déclamatoire, souvent presque cabot dans le chant masculin.

Très violent au Dies Irae, Noseda rappelle aussi Barenboim à la Scala dans la brusquerie et la brutalité de cette partie, juste adoucie à sa dernière reprise. Très dynamique, la prestation reste extrêmement bien gérée techniquement et met en exergue la très grande qualité d'un orchestre et d'un chœur parmi les meilleurs de la scène lyrique mondiale actuelle. Mais à vouloir trop s'approcher du style de l'opéra précité ou même parfois d'Il Trovatore ou de Don Carlo, Noseda prend le risque de créer aussi chez le public une forme de fatigue, notamment par le volume sonore, pas toujours maîtrisé. Certes, la Philharmonie de Paris est une salle très ouverte, capable d'encaisser de grands fortissimos, mais ce n'est pas pour autant qu'elle ne sature pas parfois, notamment dans les voix que l'acoustique de la salle altère par sa longue réverbération. Alors, il arrive que le chœur perde en netteté quand il chante très fort, ou quand il doit alterner en double chœur au Sanctus, pourtant bien préparé par le chef Ernst Raffelsberger.

Quant au quatuor vocal, si déjà Noseda semblait pousser d'autres ténors à forcer le chant auparavant, cela ne réussit définitivement plus à , qui entraîne tout le monde sur une mauvaise pente dès son entrée. Souvent en limite de justesse, le chanteur appuie le texte et cabotine, au risque de passer totalement à côté de la splendeur de l'Ingemisco. En faisant penser au grand prêtre Ramphis d'Aida dans sa façon de déclamer, la basse ne procure pas plus de finesse ni d'émotion au Confutatis, là encore abordé dans une vision très opératique, peut-être défendable, mais ô combien moins puissante qu'avec les grands chanteurs entendues auparavant dans cette partie. Les femmes débutent avec le même style et le même phrasé, vite adoucis toutefois par la mezzo-soprano , qui offre une approche plus religieuse à ses passages dans le Liber Scriptus et au Recordare, en plus de ressortir toujours le mieux des ensembles. Quant à , elle use de ses aigus cristallins avec magnificence jusqu'au Libera me, seule à pouvoir tutoyer les anges lorsqu'elle monte au contre-ré.

Crédits photographiques : © ResMusica

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