Les concerts Jeunes Talents permettent au tout jeune Ensemble Salamandrae, issu du CNSMD de Lyon, de se révéler au public avec un programme de cantates françaises profanes.
Le Salon du prince dans l’Hôtel de Soubise des Archives nationales est l’écrin parfait pour ces œuvres majoritairement de la première moitié du XVIIIe siècle, ayant pour point commun l’évocation des éléments, notamment l’eau et l’air, et allant d’André Campra à Jean-Philippe Rameau. C’est avec un extrait de La princesse de Navarre de ce dernier que les cinq musiciennes attaquent pied au plancher ; l’air « Vents furieux » révèle d’emblée leurs qualités les plus évidentes : solidité du continuo (clavecin et viole de gambe), précision des dessus (flûte à bec et violon) et projection sans faille de la voix de soprano d’Adèle Huber.
Au fil du programme d’autres caractéristiques se font jour. Le violon de Marguerite Dehors se fait flamboyant dans un Tambourin (presto) de Jean-Marie Leclair, ailleurs il chante bien en contrepoint de la voix ou de la flûte. Les introductions instrumentales avec cette dernière sont de très beaux moments musicaux, notamment dans la cantate Léandre et Héro de Louis-Nicolas Clérambault. Quatre instruments de la soprano à la ténor (sans oublier le basson qui intervient dans une scène de tempête de ladite cantate), une justesse de ton et un son plein de vie grâce à un vibrato bien maîtrisé : Emma Crumpton fait resplendir les couleurs de la flûte à bec tout au long du concert. Carla Roy montre, avec un prélude pour viole seule de Sainte-Colombe, un jeu qui sait se faire libre et intériorisé. Et la claveciniste Claire Delacommune n’est pas en reste, avec le Vertigo de Pancrace Royer dans lequel la mécanique de jeu parfaitement huilée permet de souligner tous les contrastes de la partition. Quant à Adèle Huber, elle dispose d’une émission large, d’un timbre chaleureux et d’une agilité certaine, qui lui permettent de faire vivre les textes de manière intelligible et toujours expressive. Toutes ces qualités sont ainsi particulièrement à l’œuvre dans l’extrait de Castor et Pollux de Rameau « Brillez astres nouveaux », qui ferme le programme, et plus encore dans la peu connue Europe de Michel Pignolet de Montéclair, où l’histoire de la princesse séduite par Zeus métamorphosé en taureau est racontée en une alternance de récitatifs et de très beaux airs. Fluide et champêtre, l’extrait « Agréable séjour » de la cantate L’isle de Delos de Clérambault est aussi un superbe moment, avec une mélodie introductive à la flûte de voix de toute beauté.
L’Ensemble Salamandrae propose une configuration permettant de faire vivre un répertoire de grande qualité. Avec la pratique du concert qui leur donnera une plus grande fluidité dans l’enchaînement des pièces interprétées, la technique de jeu des cinq musiciennes devrait leur assurer, ensemble ou en solistes, un bel avenir.