Fête d’anniversaire ou presque pour Betsy Jolas et chefs-d’œuvre de Mozart et Stravinsky sont l’occasion d’analyser la cohésion entre le nouveau directeur musical Jaap van Zweden et l’Orchestre Philharmonique de Radio France.
Donné à trois reprises avec un premier concert à Dijon et les deux suivants à Paris, le programme de juin de Jaap van Zweden avec le Philharmonique de Radio France permet par la même occasion de fêter avec un mois et demi d’avance le centenaire de l’une des compositrices contemporaines les plus importantes, Betsy Jolas, présente dans la salle pour assister à la représentation à l’Auditorium de Radio France.
Par sa pièce B-Day, créée initialement en 2006 pour commémorer à la fois les 10 ans du Boston Modern Orchestra Project et ses 80 ans, l’artiste a voulu retrouver le caractère festif et quelque peu « foutraque » d’une soirée d’anniversaire. La première violon Ji-Yoon Park commence donc à préparer conventionnellement la soirée en reprenant le la, donné comme à l’habitude par le hautbois. Mais à peine achevée cette préparation, la flute alto impose son propre la, tout laid cette fois, qui entraîne à sa suite toute la formation. Alors que le chef n’est même pas encore présent, le Philhar fait ce qu’il peut pour essayer de jouer des micro-variations autour du thème « Joyeux anniversaire » (tout est en réalité bien écrit), quand Jaap van Zweden entre enfin en scène pour tenter d’apporter un peu de cohésion dans ce joyeux bazar. Applaudissements, puis retour au calme du public n’empêcheront pas l’orchestre de continuer à jouer, imperturbable, jusqu’à retrouver enfin le célèbre thème d’anniversaire, puis de continuer sous les gestes déjà amples mais plutôt souples de son nouveau directeur musical. Dans la tenue globale, on remarque que si Zweden et Simon Rattle dirigent avec de grands mouvements de bras, ce dernier trouve une rythmique bien plus précise dans ses interprétations des modernes, à l’image de la Symphonie n°3 de Roberto Gerhard avec le LSO.
Le chef néerlandais semble ensuite plus à l’aise avec la 40ème de Mozart, à laquelle il soumet beaucoup d’intentions dans la gestuelle, inhabituelles aujourd’hui par la longueur du suivi, notamment à la main gauche, là où les jeunes générations apprennent souvent à être plus tranchantes. Dans ce chef-d’œuvre classique, van Zweden s’intéresse surtout au phrasé et à la mélodie, avec un style beaucoup plus romantique que celui post-baroque plus souvent usité ces dernières décennies. On appréciera ou non, mais au moins profite-t-on d’un Philharmonique déjà bien rodé, apte à offrir de très belles couleurs à la partie des bois.
Dans la seconde moitié de ce concert sans soliste, son interprétation du Sacre du Printemps ne présente pas plus d’angle global que la symphonie. Il est pris dès le début comme une grande pièce d’ensemble, qui démontre comment les grandes formations actuelles sont à l’aise dans cette rythmique et dans cette complexité symphonique. Sans réelle prisme, la lecture de van Zweden n’a pas la franchise d’un Boulez, la droiture d’un Salonen ou les relents de Russie païenne d’un Svetlanov. Mais au moins le chef ne cherche pas à se mettre en valeur par la partition à la façon d’un Makëla ces dernières années. Dans ce contexte, on finit surtout par profiter des qualités de l’Orchestre Philharmonique, là encore par les merveilleux scintillements de ses bois – le basson, le cor anglais, les flûtes – mais aussi par ses premiers violons, tous avec l’archet posé sur les jambes dans la partie de pizz du Jeu du Rapt, à la demande du chef. Se remarquent aussi souvent les percussions, dont les timbales parfois trop dominantes, mais avec l’avantage de donner presque l’impact qu’y trouvait un Karel Ančerl à La Glorification de l’Élue en Partie II.
On attend maintenant l’orchestre et le chef début juillet au Festival de Montpellier, pour une version concert intégrale de Tristan und Isolde de Wagner.