- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Les cinq générations de Rosas danst Rosas

Depuis sa création en 1983 par , danst a été interprété près de 500 fois par 28 danseurs et danseuses de cinq générations différentes. À l’occasion de Chaillot Expérience Iconique, a réuni un Multicast exceptionnel, réécrivant la pièce pour que cinq générations de danseuses puissent l’interpréter ensemble. Quelques jours plus tôt, il était possible de revoir la pièce dans sa version originale transmise à une nouvelle génération de danseuses. Un choc toujours intact !

En canon, avec un léger décalage, cinq rangées de cinq générations de femmes s’allongent sur le sol pour le premier mouvement de danst Rosas. Ce premier mouvement pourrait s’intituler : « souffle, soupir, silence ». On pourrait même y ajouter « sophistication » en raison du rideau lamé et des effets lumière de cette toute première partie, dans laquelle on découvre la musique maximaliste de et .

Ces femmes, ces danseuses, ont tous les âges, de la doyenne, Michèle Anne De Mey, à la plus jeune, elles possèdent ancrés dans leur corps les gestes et les respirations saccadées de Rosas danst Rosas que certaines reprennent aujourd’hui, 43 ans après la création. Bien sûr, en vieillissant, les cheveux blanchissent et l’amplitude ou la force des gestes s’amenuisent, mais la vivacité et l’éclat du regard sont toujours là, intenses ! Une épaule dénudée est aussi belle à 20 ans qu’à a plus de 60, et ces femmes qui dansent ensemble par delà les générations sont à la fois complices, solidaires et émouvantes.

Lentement, quelques-unes d’entre elles se lèvent au début du deuxième mouvement pour aligner les chaises et des paires de chaussures marron, que les danseuses enfilent assises. C’est comme si cette forêt de chaises avait toujours été là pour les accueillir. La célèbre « danse des chaises » a souvent été dansée par de nombreux groupes d’amateurs ou d’étudiants, on est donc moins surpris de voir ce mouvement dans la multitude. Quoi qu’il en soit, cela donne une bonne idée de ce que pourrait donner une reprise par un corps de ballet contemporain.

Le début du troisième mouvement est dans la même logique que Fase, le plus célèbre duo d’. Il expose les gestes du féminin exacerbé, comme relever ses cheveux, découvrir une épaule… On y retrouve les mouvements de base d’Anne Teresa De Keersmaeker : la spirale, la volte, l’élan, et surtout le rythme, la musique, la sensualité. Sensualité des cheveux qui volent, des déhanchements et des bras qui se tordent, coquetterie du regard comme dans le miroir.

Dans le quatrième mouvement, qui se danse debout, s’ajoute le déplacement dans l’espace géométrique sous la forme de figures qui se combinent et se croisent. Cette dernière partie est d’une composition plus complexe que les trois premières. Ce dernier mouvement, dans lequel la chorégraphe danse en continu, est aussi un moment extrêmement fort de transmission et de passage de relais entre la première génération d’interprètes, composée de Fumyo Ikeda, Michèle Anne De Mey, Adriana Borriello et Anne Teresa De Keersmaeker, et la toute dernière, que nous avons pu voir danser quelques jours auparavant sur cette même scène de Gémier : Jasmine Achtari, Eva Galmel, Nina Godderis, Momiji Kuromaru.

La musique qui a inspiré ce quatrième mouvement est à la base de Hoketus, un duo masculin créé en janvier 2026 par Anne Teresa De Keersmaeker et dansé en France pour la première fois, à l’occasion de ce week-end Chaillot Experience Iconique. Composé par , cet hapax musical, absolument unique dans l’histoire de la musique, a immédiatement attiré l’attention de et Anne Teresa lors de sa création à la fin des années 1970. Sur un rythme ternaire, les deux danseurs vêtus de noir surjouent la rivalité, comme dans une Battle de capoeira dont le but est d’esquiver. Les gestes s’intensifient au fur et à mesure que cette rivalité monte, puis s’amplifient dans l’espace. Ce sont peut-être les deux hommes de Dans la solitude des champs de coton de Bernard Marie Koltes qui hoquettent ainsi, ou deux danseurs de Krump échappés des Indes galantes façon Bintou Dembélé et Clément Cogitore. Lors de la création, la musique était live, elle est ici enregistrée. Derrière des partitions, deux souffleurs aident les danseurs dans le rythme des séquences en comptant les accords lancés par les deux groupes musicaux enregistrés, laissant à l’auditeur le soin de recomposer les motifs rythmiques. Le format syncopé a beaucoup à voir avec le jazz, et le rythme est toujours en haut, suspendu. D’une intensité physique folle, ce duo trouve sa grande liberté dans la contrainte musicale et formelle.

Crédits photographiques : MULTICAST Rosas Danst Rosas et Rosas danst Rosas © Anne Van Aerschot

Lire aussi :

Anne Teresa De Keersmaeker : « Bâtir sur le futur en investissant dans le passé »

 

(Visited 1 times, 1 visits today)
Partager