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Franz Welser-Möst dans la rigueur avec le Cleveland Orchestra à Paris

Presque 10 ans après leur dernière apparition en France, The et reviennent à la Philharmonie pour accompagner en finesse Golda Schultz dans les Vier letzte Lieder de Strauss, puis livrer une Symphonie n°8 de Chostakovitch millimétrée et sans surprise.

Sans remonter en 2000 à Pierre Boulez et la 4ème Symphonie de Mahler dont certains gardent encore un souvenir mémorable, ni au concert de 2005 pour les 80 ans du chef, le est revenu environ tous les cinq ans en France depuis. Cependant, le dernier concert de l’orchestre américain était prévu le 22 mars 2020, cinq petits jours seulement après le début du premier confinement lié au Covid-19. Il faut alors remonter à 2017 avec la Symphonie n°6 de Mahler, puis à 2015 avec la 3ème du même compositeur pour retrouver l’ensemble et son directeur musical à la Philharmonie de Paris, dans une Grande Salle Pierre Boulez dont le nom rend hommage au chef disparu entre les deux, le 5 janvier 2016.

Après presque une décennie, cette venue peut donc être considérée comme un évènement. Et d’ailleurs, les cordes rappellent dès le premier des Vier letzte Lieder de comme elles possèdent un grain particulier, très personnel à cet orchestre de l’Ohio par ce mélange de lyrisme et de clarté, en même temps qu’elles détiennent un son plein de substance. La soprano Golda Schultz s’intègre dans cette matière avec un volume et un placement de la voix qui ne trouve pas de limite dans la Philharmonie parisienne. Du premier balcon, le chant semble certes parfois venir en double, mais la variation des couleurs et la tenue de la ligne, dès Frühling et jusqu’à Im Abendrot, offrent une prestation magnifique. Seul le vibrato trop marqué, notamment dans September, contraint la qualité globale, d’autant que ce lied ne profite pas non plus de flûtes un peu trop acides. Dans Beim Schlafengehen, les cordes graves offrent d’abord un magnifique tapis à la chanteuse, sans que le solo du premier violon ne retrouve ensuite la splendeur de celui du Konzertmeister du LSO en juin dernier avec Simon Rattle.

En seconde partie de soirée, la Symphonie n°8 de ne se montre pas particulièrement adaptée au style de . Pendant longtemps, seules les symphonies n°5 et 10 du compositeur étaient jouées par les orchestres internationaux, les autres restant l’apanage des ensembles et des chefs russes ou ayant des liens forts avec la Russie. D’ailleurs, c’est la 5ème Symphonie qu’avait dirigée le chef devant l’ensemble en 2009 à la Salle Pleyel. Mais aujourd’hui, le corpus symphonique complet de Chostakovitch s’est ajouté à celui de Mahler dans le répertoire des grands orchestres.

C’est donc par neuf contrebasses d’une grande beauté qu’est introduit l’Adagio, sans qu’aucune tension ni encore moins sensation de gêne ne vienne émailler le calme développement. Encore moins que Kirill Petrenko à Berlin ces dernières années ou Klaus Mäkelä avec son Oslo Philharmonic en janvier, cette symphonie de guerre ne nous perturbe sous la battue autrichienne de Welser-Möst, qui ne possède de militaire que son implacable rigueur. Dans cette atmosphère non contrainte, le solo du cor anglais peine à trouver de l’ampleur en fin de mouvement. La petite harmonie ne convainc pas non plus auparavant dans ses flûtes et surtout ses piccolos encore trop acides, sans que cette tonalité ne parvienne à créer un malaise dans une partition qui pourrait pourtant en bénéficier.

Le reste de l’œuvre trouve encore moins de rebonds, puisqu’en guise de pelotons d’exécution à l’Allegretto, le chef nous propose la rythmique millimétrée d’un notaire, plus adéquate à une froide exécution testamentaire autour d’un bureau, qu’à celle imagée de soldats devant des salves de fusils. L’Allegro non troppo ne profite même pas de cette vision robotique, qui tourne totalement à vide malgré une construction parfaitement maîtrisée dans le cadencement et, sans en faire exprès, un magnifique passage d’alto dans l’une des dernières reprises du thème motorique. Difficile sans avoir construit avant d’atmosphère de faire quelque chose du Largo ensuite, qui tombe alors comme un sage mouvement lent et permet juste de profiter des violons, puis surtout du splendide cor solo.

En guise de grotesque, on ne ressent que du ridicule au Finale, où rarement cet Allegretto n’a semblé avoir été entendu avec aussi peu de second degré, une notion pourtant très importante à faire ressortir des partitions si perturbées de Chostakovitch. Et si l’on avait l’impression d’être passé à côté de quelque chose dans cette interprétation, le bis totalement inadapté – Träumerei de Schumann dans l’une de ses transcriptions orchestrales apocryphes – nous conforte dans nos impressions sur la pure lecture symphonique donnée précédemment.

Crédits photographiques : © Clément Savel / Cheeese

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