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La Petite renarde rusée aux Champs-Elysées

Habitué à un répertoire plus conventionnel en matière d’art lyrique, le public du Théâtre des Champs-Elysées s’est fait plutôt discret pour l’ouverture de la saison avec cette Petite renarde rusée, chef d’œuvre de trop rarement représenté. La salle aux trois quarts pleine n’a guère franchement applaudi un spectacle qui, de la direction musicale à la direction scénique, était de grande qualité. réussi à mêler animaux et humains de manière naturelle en… déguisant les animaux en humains, tout simplement. Janacek a prêté des sentiments à ses héros à poils et à plumes (sans parler des insectes et batraciens), alors pourquoi pas des poules en femme de ménage, un coq en maquereau, une vache en bonne mère de famille, des chouettes en concierges, des moustiques en ivrognes, … Le metteur en scène et son scénographe préféré () ont fait dans l’économie de moyens : une voie de chemin de fer traverse la scène, agrémentée soit d’une construction type établissement agricole industriel, soit un champs de tournesols issu directement du magasin d’ameublement d’à côté, soit… rien. La réussite (avec les costumes « d’animaux dénaturés » d’) est totale. Le National dans la fosse est comme un bon gros diesel : le départ semblait du plus mauvais augure, sonorités aigres, justesse des cordes approximative, bref un effet de grisaille orchestrale assez peu en accord avec la luxuriance de l’orchestration. Il n’en fut rien grâce au chef , qui équilibre la partition entre ses racines post-romantiques et ses visions modernistes (tout comme le discours féministe et anti-phallocrate que la renarde tient aux poules). Depuis Mackerras, les Anglais ont décidément tout compris à la musique tchèque !

Mais il y a un mais… les seconds rôles ne sont pas tous fabuleux. Ce qui est regrettable dans un opéra ou il n’y a pas vraiment de premier rôle. (la renarde) et (le garde-chasse) sont époustouflants, de même que en blaireau mal léché/curé et en instit éméché. La mezzo Hanne Fischer fait ce qu’elle peut, avec beaucoup de maestria, de la tessiture exigée pour le renard, pas vraiment soprano mais pas tout à fait mezzo. Les autres ont parfois du mal à dépasser un orchestre qui pourtant rue rarement dans les brancards, la palme de la médiocrité revenant à (Harasta le braconnier), voix hétérogène à souhait, qui massacre allégrement son air (le seul véritable de la partition, avec la scène finale du garde-chasse). La est excellente, les chœurs (28 chanteurs réunis pour l’occasion, d’ou se détachent quelques solistes) en revanche manquent sérieusement d’homogénéité et de justesse.

Au bout du compte un spectacle réjouissant et intelligent, probablement trop pour le public conservateur pincé du théâtre des Champs-Elysées. A coup sûr, sur n’importe quelle autre scène de France ou de Navarre cet opéra aurait fait un tabac – la preuve à Lyon il y a deux ans, puisque la production vient de cette ville.