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Un événement peut en cacher un autre

Figure Méditerranée II à Radio-France

Curieux concert des « Figures Méditerranée II » puisque les œuvres de deux compositeurs élevés auprès de la Mare Nostrum (Rossini et Tomasi) étaient suivies de la création mondiale du dernier opéra contant l’adolescence dauphinoise de Berlioz écrit par le compositeur messin et le journaliste lillois

Les sonate a quattro de  sont à l’origine prévues pour 4 cordes solistes dans la disposition particulière de 2 violons, 1 violoncelle et 1 contrebasse. Rossini n’avait que 12 ans lorsqu’il composa ce corpus de 6 pièces, créées dans le salon de son « ami et patron » le contrebassiste Agostino Triossi dans l’esprit des réunions musicales de l’époque, le compositeur tenant la partie de second violon et étant selon ses dires « le plus mauvais du lot ». et les cordes du « Philar’ » nous livrent une lecture orchestrale claire et aérée de la 1ère sonate, sans jamais tomber dans l’excès ou la facilité et ce avec une homogénéité remarquable des pupitres. L’ensemble est fait avec grâce et simplicité, dans l’esprit des divertissements du XVIIIe siècle.

Les œuvres concertantes pour basson ne sont pas courantes. Mis à part les concertos du XVIIIe siècle (Vivaldi, Mozart, Devienne,…) il aura fallu attendre le siècle dernier avec la figure de Maurice Allard pour que ce répertoire s’étoffe. Soliste à l’opéra de Paris et à l’ORTF ce virtuose du basson, de la même génération que Jean-Pierre Rampal, Jacques Lancelot ou a suscité nombre de créations, dont les concertos de Jolivet, Landowski, Rivier ou Tomasi, présenté à ce concert. L’œuvre s’ouvre sur une cadence du soliste s’enchaînant sur un andante en forme de litanie, avec des formules répétitives d’accompagnement sur lesquelles le basson, relayé par deux altos solos, fait entendre une mélodie plaintive. Le chef et l’orchestre donnent une version froide et analytique de cette musique nocturne, privée de tout épanchement lyrique — Tomasi avait une grande admiration pour Puccini — et ce malgré l’excellence de Chantal Colas-Carry, soliste du Philharmonique de Radio-France. Si l’allegro suivant, aux rythmes syncopés, manque singulièrement de souplesse et de relief, le final, une saltarelle enlevée et dynamique, est bien plus réussie, les interprètes semblant enfin trouver l’esprit nécessaire à cette esthétique trop rarement jouée de nos jours. Triomphe mérité — nombre d’apprentis bassonistes étaient aussi présents — pour l’ensemble des exécutants.

Après une entrée copieuse et de qualité la seconde partie de ce concert — qui allait durer plus d’une heure et quart — en devenait indigeste. Près d’un quart de la salle avait déserté les lieux à la fin de ces Orages Désirés, opéra donné en version oratorio et en création mondiale, relatant l’adolescence de Berlioz … L’excellence de dans le rôle principal — seule affublée d’un costume « Restauration » — les aigus filés de et la direction précise et fine de allaient toutefois presque réussir à convaincre une partie de l’auditoire. Mais ce dernier aura sans doute bien plus apprécié un début de concert faisant ressentir pleinement le concerto pour basson de Tomasi.

Crédit photographique : Claude Tomasi