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« Flûte » de charme ?

Die Zauberflöte

Cette « Flûte » est une reprise du spectacle donné en juillet 2000 au festival de Saint-Céré, avec une tout autre distribution. , directeur de l’« Opéra Eclaté » (Compagnie Nationale de Théâtre Musical et lyrique) et du Festival de Saint-Céré depuis une vingtaine d’année, assure en outre depuis 2002 la direction de la scène lyrique du Duo/Dijon. En cette qualité et en cette occasion, il précise ses intentions. Sur le plan général, il affirme sa volonté de former à la scène de jeunes chanteurs lyriques français et d’œuvrer dans le sens d’un élargissement du public au spectacle lyrique. Quant à cette nouvelle représentation de « La Flûte Enchantée », il désire, dit-il, « mettre en valeur la générosité du conte de fées : une « Flûte » conviviale, truculente et populaire. »

Ainsi les textes parlés le seront-ils en français ; comme autant de repères utiles à la compréhension de l’intrigue pour les non-germanistes et non-initiés (c’est le cas de le dire…). Mais nous lui saurons gré d’avoir choisi de faire entendre tout le reste (airs, ensembles et chœurs) dans la langue originale.

Le metteur en scène a voulu, pour le décor, « un grand espace vide, derrière un mur apparemment infranchissable. C’est l’espace de la Nuit…Derrière, rayonne la lumière. » Le mur en question, revêtant ici l’aspect d’une haute palissade, fait craindre dès l’abord qu’on assiste à une « Flûte » en chantier… En fait, la palissade va se révéler une ingénieuse trouvaille, avec ses ouvertures multiples qu’on ne soupçonne pas, permettant, entre autre, l’apparition de masques animaliers, de personnages en buste (tels la Reine de la Nuit lançant ses invectives, ou les officiants de Sarastro), ou autorisant le passage de Sarastro et des prêtres. On y verra aussi, occasionnellement, émergeant de sa crête, les trois garçons, malicieusement voyeurs ou ostensibles accessoiristes actionnant tel ou tel mécanisme.

Ce dispositif favorise naturellement l’intention « féerique » voulue ; de même que la serviront grandement les effets d’éclairage et la diversité des costumes, à dominante Comedia Dell’Arte. Mais à ces réserves près que Tamino conservera, d’un bout à l’autre de la pièce, un terne ensemble « sweat-shirt / pantalon » et que Pamina, pour son retour « dans le monde » — ou « dans le siècle », comme on voudra —, après avoir satisfait aux épreuves de « la Règle », héritera d’une petite-robe-toute-simple (style front popu.). Ce qui fait que le couple, au final, évoquera davantage quelque possible Marius / Fanny qu’un crédible Tamino / Pamina !

De la même façon, au costume comme au physique, Sarastro fait davantage songer à Lamartine à Saint-Point qu’au Grand-Prêtre du Temple de la Sagesse…

Musicalement, il y a tout lieu d’exprimer, globalement, satisfaction et louanges. Et tout d’abord à l’orchestre et son chef, . Ce dernier, fondateur du chœur de chambre professionnel Les Eléments, ex assistant de Philippe Herreweghe est déjà rôdé à bien des répertoires, du baroque au contemporain. Sa direction, souple et attentive, d’un orchestre lui-même rompu aux caractéristiques et difficultés inhérentes aux différents registres lyriques, concourt à nous servir un Mozart enchanteur : parfait équilibre des pupitres, légèreté, justesse de ton et d’esprit, spiritualité garantie quant au mystère initiatique…

Côté distribution vocale, c’est, globalement aussi, une belle réussite. Pamina () manifeste toute la fraîcheur et l’innocence requises pour le rôle. Superbe Papageno (Adrian Arcaro), en grande forme, déployant verve et truculence, comme il se doit. Sarastro (), au grave profond, bien timbré, qui lui confère un hiératisme que ne favorisent ni sa jeunesse ni son costume… Une Reine de la Nuit () très honorable, dont les performances pourraient rivaliser avec certaines « pointures » consacrées de la discographie (malgré un léger « frein » lors des célébrissimes vocalises). Monostatos (Dominique Rossignol), grinçant et libidineux à souhait…(Il faut aussi l’avoir vu avec les « esclaves », faisant des pointes et des pas de ballerine, au son des clochettes de Papageno !).

Chloé Waysfeld, Hélène Cukier et composent, avec leurs luisantes bottes-cuissardes à talon-aiguille et leurs curieux masques, un trio de Dames particulièrement « chipies » et…sexy ! Les jacassements et mimiques drolatiques de Papagena (Gaëlle Pinheiro), à l’instar d’une Renata Holme, sont du plus réjouissant ; (le duo Papageno / Papagena, ainsi que l’air « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen ! » de la Reine de la Nuit seront, sans surprise, les plus goûtés à l’applaudimètre…). Enfin, les trois « garçons » (Claire Oneglia, Marion Petri, Marie Wackenheim) remplissent parfaitement leur office et ne dévoileront (si l’on ose ainsi dire) leur féminité qu’au salut final…

La seule réserve (s’il faut un bémol à ce concert de louanges) concernerait Tamino (le ténor )… S’il sait se rendre émouvant dans le registre mezza voce il laisse entendre, en d’autres circonstances, des duretés de timbre et un vibrato « métallique » peu agréables, dont s’accommode mal le chant mozartien. D’autant que la langue allemande lui est, d’évidence, totalement…étrangère. Eprouvant fut, à cet égard, l’air « Dies Bildnis ist bezaubernd schön », dans lequel le ramage ne se rapportait manifestement pas à l’image…

A ce détail près, l’entreprise d’, sans vraiment révolutionner la tradition (la part de féerie, la papagenesque truculence, l’opposition ombre et lumière…) apporte cependant un regard neuf sur le plaisant chef-d’œuvre d’Amadeus et semble avoir atteint ses buts : travailler « sur la sincérité, le naturel, la naïveté » et faire en sorte que « quelle que soit la silhouette des personnages, on perçoive les êtres humains qui les habitent ».

Quant à « l’élargissement du public », la présence, nombreuse (et enthousiaste !) de scolaires comme celle d’un public d’abonnés ou de curieux de tous âges qui remplit — littéralement — le Grand Théâtre en cette soirée du 3 février en témoigne : c’est mission accomplie.

Crédit photographique : (c) DR