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Sous les Ombres de Richard Strauss

Festival de Montpellier et Radio-France 2004

Le Membre de l’Ane… C’est ainsi que notre collègue du quotidien local la Marseillaise a intitulé son article sur cette production du festival de Montpellier. On n’aurait su mieux trouver. En tous cas, qu’a donc voulu nous prouver René Kœring ? De l’ultime opus lyrique du vieux compositeur bavarois, écrit pour la fête de fin d’année du collège de son petit-fils, le maître des lieux en livre une vision affligeante. La plasticienne Mâkhi Xénakis — fille du compositeur Iannis Xénakis — invoque Aristophane, René Kœring semble se référer aux Grosses Têtes. L’adaptation du texte se veut rabelaisienne mais reste désespérément en dessous du niveau de la ceinture. La distribution est à l’image de la production… beugle ce qu’il peut, Youri Kissin, malgré un timbre séduisant, chante un français absolument incompréhensible. , (affublé de mimiques dignes de la Cage aux Folles), , Robert Expert, et tirent leur épingle du jeu sans pour autant arriver à rehausser la qualité bien basse de ce spectacle. Quant à l’orchestre et son jeune chef, eux aussi font ce qu’ils peuvent pour éviter le naufrage… sauf que l’orchestration n’est pas de Strauss (l’ouvrage n’a pas été terminé et a eu une genèse chaotique) mais de . Orchestrer du , maître en ce domaine, relève de l’inconscience. Bosc n’a eu visiblement peur de rien, en mêlant à la musique originale des extraits de la Suite du Bourgeois Gentilhomme, d’Ariane à Naxos, d’Il était une fois dans l’Ouest et de Batman… Oublions vite ce ratage honteux, qui aurait du rester ce qu’il était : un spectacle par des enfants pour enfants.

Salomé de a éclipsé toutes ses homonymes. Hérodiade de Massenet voit de temps à autres les feux de la rampe, la Tragédie de Salomé de existe non plus sous sa forme originale de ballet mais sous celle de suite d’orchestre, quant à la Salomé d’, elle a été totalement oubliée, emportant avec elle le nom de son compositeur. Il faut dire qu’un vaste imbroglio juridique sous fond de querelle franco-allemande a considérablement gêné l’œuvre et sa création. Mariotte obtient en 1902 des héritiers de Wilde l’accord d’adapter Salomé pour une scène lyrique, au moment où Strauss découvre cette pièce à Berlin. C’est à l’occasion d’un procès sur la succession du poète irlandais que Mariotte découvre qu’il n’est pas seul sur cette œuvre… Le désaccord durera jusqu’en 1908, grâce à l’entremise de , et cette Salomé est enfin créée le 30 octobre de cette année à Lyon, puis reprise à Paris en 1910 avant de sombrer dans l’oubli.Si elle contient quelques longueurs, cette œuvre n’en reste pas moins une redécouverte remarquable qui méritait amplement de sortir de son purgatoire. L’adaptation de Mariotte du texte de Wilde privilégie les rôles principaux (Salomé, Iokanaan, Hérode, le Jeune Syrien, Hérodiade) aux dépends des querelles religieuses et philosophiques des convives du banquet du Tétrarque, que Strauss avait conservé. La comparaison avec son homonyme germanique est inévitable. Outre-Rhin Salomé est une jeune fille gantée à qui on ne refuse rien. Mariotte en confiant le rôle à une mezzo la rend plus féminine, féline et dominatrice. Le rôle d’Hérode dans cette version hexagonale devient plus important, ainsi que celui du Jeune Syrien (Narraboth chez Strauss). Point d’orientalisme de pacotille ici. L’exotisme de l’argument est discrètement suggéré par une gamme par tons, employée pour symboliser le rôle de Salomé. Mais le langage musical utilisé est plutôt chromatique et s’inspire largement de Wagner par une orchestration parfois massive et un développement continu, et de Debussy par une transformation quasi-permanente des principaux thèmes.La distribution, internationale et peu à l’aise avec le français, reste de haute volée, à commencer par , Salomé incandescente, qui su littéralement captiver le public dans la poignante scène finale, simplement accompagnée par le chœur a capella. La curiosité insatiable de cette artiste, qui alterne les grands classiques (Carmen, Damnation de Faust, Werther) aux raretés (Hary Janos, le Fou, Arshak II, …) ne se fait jamais aux dépends de la qualité. affronte avec vaillance la tessiture tendue de Iokanaan, souvent cantonnée dans l’aigu du registre de baryton. peut décevoir en Hérode, il n’en reste pas moins exemplaire d’avoir accepté au pied levé d’apprendre un rôle complexe, Jaco Huijp initialement prévu étant souffrant. L’ensemble des autres chanteurs n’appelle aucun reproche, à commencer par (le Jeune Syrien).

L’orchestre National de Montpellier confirme qu’il est une des meilleures formations de l’Hexagone, même si cette Salomé de Mariotte aurait gagné en clarté avec une direction plus fine que celle de . Comme toute redécouverte de ce festival un enregistrement CD du concert devrait suivre …

Crédits photographique : (c) Marc Ginot