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Une Duchesse originelle

Hélas n’est pas Hortense Schneider qui porta en triomphe l’opérette d’Offenbach au moment de sa création en 1867. Ni même Régine Crespin ou Felicity Lott qui laissent au disque (chez Sony Classical pour la 1ère, dirigé par Michel Plasson) et ou sur scène des versions indiscutables de cette partition conçue après la Belle Hélène et la Vie Parisienne. Le génie des trois complices qui ont fait les beaux soirs du Paris du Second Empire, Offenbach et ses librettistes, (Meilhac et Halévy), tient à une recette dont on a perdu les justes saveurs mais dont la combinaison du délire bouffon et du portrait chargé, de la tendresse et de la parodie, garde un indiscutable pouvoir d’attraction.

Rares sont les interprètes capables d’exprimer toutes les nuances du comique sans perdre l’unité de l’action. Une action bien moins légère qu’il n’y paraît tant la Grande Duchesse et ses appétits militaires brossent le portrait d’un pouvoir aussi belliqueux qu’amoral dont la figure prend un tour plus grave si on se plaît à rappeler le contexte : celui de la campagne mexicaine, ruineuse et catastrophique soutenue par Napoléon III, celui de la Prusse émergeante qui quelques années plus tard devait provoquer la chute du Second Empire.

On a rêvé d’une Duchesse plus engagée et mordante – quoique son « dîtes-lui » (Acte II) fut d’une grande finesse-, plus délurée voire énigmatique nonobstant des problèmes vocaux assez déconcertants en début de jeu. Heureusement les spectateurs niçois auront pu se délecter du duo des amoureux : Fritz et Wanda, parfaits du début à la fin de cette dernière soirée de représentation. porte bien son nom : le timbre éclatant de son Fritz insolent porte l’action et incarne une Wanda fragile, savoureuse, sincère.

L’ a montré sous la baguette énergique de une très belle allure conférant à la farce militaire avec le débridé nécessaire pour que paraisse le délire caricatural conçu par les auteurs, en particulier dans le trio des conspirateurs, en parfaite complicité – rôles chantés autant que parlés, le Baron Puck de , le général Boum d’Olivier Grand et surtout le Prince Paul de , d’une très juste sensibilité, ont exprimé la grandeur dérisoire de ces bougres sans scrupule, à la botte de la Duchesse.

Reste ce qui fit la cohérence de cette production de l’Opéra du Rhin en escale à Nice : quand plus d’un n’hésitent pas à alourdir la charge bouffonne de l’ouvrage, quitte à le vulgariser, le metteur en scène éclaircit, sans excès, les nombreuses références à l’actualité politique en réécrivant certaines tirades. Il ne manque pas la surenchère du burlesque à l’acte III lorsque, après l’idolâtrie du « sabre de papa », la scène du bal et du « carillon de ma grand-mère » précède le coucher des époux pour s’achever par un banquet totalement déluré. Autre valeur de cette Grande Duchesse : celle de la version dite « originelle » qui bénéficiant des recherches du musicologue Jean-Christophe Keck, était jouée sans coupures et dans l’orchestration prévue à la base par Offenbach.

Crédit photographique : © DR