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Puissance mille ! Zemlinsky transcendé par Eschenbach

Si le public et les commentateurs saluent le niveau atteint par l’ sous la direction de , l’observateur international continuait de faire la moue devant les témoignages discographiques de cette collaboration. Après des essais convenables mais peu déterminants dans Berlioz, Bruckner et Ravel, le chef allemand frappe un grand coup avec cette Symphonie lyrique qui séduit et enchante.

Longtemps oublié, s’impose de plus en plus au répertoire concertant et discographique : ses opéras comme Le Nain, la Tragédie Florentine ou le Roi Candaules sont montés avec succès et l’on possède désormais une anthologie de son œuvre orchestrale sous la direction de James Conlon (EMI). Chef-d’œuvre de son créateur, la Symphonie lyrique, pour baryton, soprano et orchestre regarde vers le Chant de la terre de Mahler et les Gurrelieder de Schœnberg autant par la thématique que par sa vaste dimension. Composée sur des poèmes tirés du Jardinier de Rabindranath Tagore, la partition conte le dialogue entre un prince et une jeune fille amoureuse. Fortement autobiographique, ce récit traite de l’art et de la vie. Sujets que cet artiste incompris tant artistiquement que sentimentalement sait matérialiser avec génie et émotion. L’orchestration sensuelle et luxuriante englobe l’échange entre les deux voix et l’orchestre.

La discographie de la Symphonie Lyrique est dominée par le légendaire et pionnier enregistrement de Dietrich Fischer-Dieskau et Julia Varady sous la direction de Lorin Maazel à la tête de la philharmonie de Berlin (DGG, jamais édité en CD!). Ce nouvel enregistrement égale cette performance et remise au rayon des souvenirs les autres valeureux essais signés Armin Jordan (Virgin), Giuseppe Sinopoli (DGG), Michael Gielen (Arte Nova), Claus Peter Flor (RCA), Anthony Beaumont (Chandos) et James Conlon. Le pianiste et chef d’orchestre tire des sonorités et des timbres inouïs d’un en état de grâce. À l’esthétique sonore encore assez « française » de la phalange, Eschenbach ajoute une homogénéité et une discipline « germanique ». Dans cette œuvre où les équilibres entre les solistes instrumentaux et les ensembles sont prépondérants, cette combinaison fait merveille. L’interprétation du maestro allie la narration avec la mise en valeur de la richesse et de l’inventivité de l’instrumentation de cette partition. Aidé par son timbre de velours, le baryton est l’incarnation idéale du prince, tandis que l’agilité sensuelle et féline de personnifie magistralement le caractère de la jeune femme éprise. Ce superbe album bénéficie d’une remarquable prise de son, mais on peut légitiment regretter la brièveté du minutage car les capacités du support discographique permettaient aisément l’ajout d’une partition symphonique ou d’autres lieder de Zemlinsky.