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La Clemenza di Tito avec la Sesto de Vesselina Kasarova

Paradoxalement, en cette année Mozart, c’est la discographie de La Clemenza di Tito, le plus mésestimé des opéras de la maturité de Mozart, qui aura connu les plus de changements, avec des nouveautés : les versions Mackerras (Deutsche Grammophon), Jacobs (Harmonia Mundi) et Steinberg (RCA), la réédition de Kertesz (Decca), l’exhumation de Keilberth (Capriccio), en plus de quelques DVD captés à Salzbourg (Harnoncourt chez TDK), Drottnigholm (Euroarts) ou Paris (Cambreling chez Opus Arte). Parler de « version Steinberg » à propos de l’album qui nous occupe ici est d’ailleurs légèrement abusif, car, la couverture le montre bien, la raison primordiale pour laquelle est publiée cette nouvelle Clémence de Titus est bien d’immortaliser la prestation en Sesto de , star du chant sous contrat avec le groupe Sony-BMG. Déjà présente dans la version DVD de TDK (elle reprendra la production cet été à Salzbourg), domine le rôle tant du point de vue dramatique que du point de vue de la beauté du chant, dont la richesse de couleurs, la générosité du timbre et l’aplomb des vocalises font un des Sesto les mieux chantants et les plus séduisants de la discographie.

Le reste de la distribution a des atouts qui ne sont pas négligeables, en commençant par la Vitellia de . Mise à mal par la tessiture périlleuse du rôle, dont elle n’a pas tout à fait les graves, et émettant quelques aigus très sourds, elle compose néanmoins un personnage à la stature patricienne, dont le chant fragile souligne la dignité, et est une des rares Vitellia « aimables » et émouvantes d’une discographie qui fait plutôt la part belle aux furies incandescentes. fait lui aussi dans l’originalité avec sa voix sombre et virile, et son style de chant assez brut et engorgé, il est loin des Titus cérébraux et délicats qu’on entend d’habitude. Il réalise une prestation très convaincante, essentiellement grâce aux séductions de son timbre et à son engagement dramatique (très beaux récitatifs !). Il perd un peu pied dans le second acte, et alors que ses deux premiers airs sont impressionnants de puissance et d’autorité, le dernier, « Se all’impero », le trouve dans un état de faiblesse assez surprenant, mais il se reprend bien dans le finale.

A côté de ces trois têtes d’affiche, est un Annio au beau timbre sombre, mais au chant empâté et au tempérament trop placide, qui flirte avec la justesse dans « Tu fosti tradito ». On peut faire des remarques similaires sur sa fiancée Servilia, chantée par  : le timbre est joliment corsé, mais le chant trop prudent manque de fermeté, d’éclat et de personnalité.

A la tête d’un orchestre méritant mais sans grande personnalité, est aussi compétent et rigoureux que peu exaltant : tout est parfaitement en place, les ensembles sont bien menés, les tempi sont rapides et logiques, mais le travail sur les phrasés est sans imagination, les climats sont peu caractérisés, les surprises rares, et on ne sort pas d’un classicisme bougon et cassant.

Cette Clemenza di Tito, dont les récitatifs sont abondamment coupés, n’est donc pas à réserver uniquement aux nombreux admirateurs de , car si elle ne bouleverse pas la discographie, elle la complète utilement, en proposant un des meilleurs Sesto actuels, et des incarnations passionnantes et étonnantes de Vitellia et de Tito.