Mot-clef : Pinchas Steinberg

Un ballo in maschera © GTG / Carole Parodi

À Genève, triste Ballo in Maschera

Au terme de cette dixième et dernière saison de Tobias Richter à la tête du Grand Théâtre de Genève, la terne image de cette production d'Un Ballo in Maschera de Verdi illustre l’échec du but avoué de faire de ce théâtre l’une des dix meilleures scènes lyriques d’Europe. Un Ballo in maschera de Giuseppe Verdi n’avait plus été monté sur la scène du Grand Théâtre de Genève depuis février 1984. Trente ...
L’Orchestre de la Suisse Romande a cent ans

L’Orchestre de la Suisse Romande a cent ans

Cent ans. Une goutte d’eau dans l’histoire de la musique. Mais quand le jeune centenaire s’appelle Orchestre de la Suisse Romande cela vaut pour un mythe. Parce qu’il en faut de l’énergie, de la constance, pour porter un ensemble d’aujourd’hui cent-vingt musiciens des fonts baptismaux à la notoriété internationale. C’est la saga d’un orchestre symphonique qui de 1918 à nos jours a traversé le XXe siècle avec une histoire qui, au ...
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Résurgence du chant verdien avec Simon Boccanegra au TCE

Simon Boccanegra est un opéra de Verdi mal aimé du public. Un livret politique et complexe, un héros vieillissant pour baryton et une musique subtile mais peu galvanisante font que cette œuvre a besoin d’un quatuor de chanteur et d’un chef au sommet pour être dignement défendue. Accompagnée par un superbe orchestre et par ce que le chant verdien fait de mieux aujourd’hui, la prise de rôle de Ludovic Tézier ...
À Turin, le somptueux Samson de Gregory Kunde

À Turin, le somptueux Samson de Gregory Kunde

Les moyens scéniques et musicaux nécessaires pour mettre sur pied un ouvrage comme Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns, fait comprendre la rareté de ses représentations. Le Teatro Regio de Turin relève brillamment le défi en présentant une superbe production de l’un des plus grands chefs-d’œuvre de l’opéra français, même si le ravissement des yeux supplée un plateau parfois décevant. Un grand mur accolé d’un escalier et deux portes monumentales (les ...
Fidelio.02

À Genève un Fidelio inabouti

En dépit de la présence d’un des orchestres parmi les meilleurs en Europe, d’un grand chef d’orchestre, d’un chœur aux sonorités magnifiques, cette nouvelle production de Fidelio, spectacle de clôture de la saison d’opéra du Grand Théâtre de Genève, laisse l’impression de plus en plus fréquente dans ce théâtre, d'un manque patent de goût artistique. L’intrigue de Fidelio n’est certes pas de celles qui réjouissent l’humeur. L’univers carcéral n’a jamais engendré ...
Wagner, Rienzi, photo 2, une

Théâtre du Capitole : enfin, Rienzi

Un créateur n’est pas toujours le mieux placé pour estimer sa production. À cet égard, il est deux pôles extrêmes : l’auteur la déprécie à tort [Franz Kafka] ; ou il en évince des pans afin que, devant l’Histoire, il se sculpte une(sa) statu(r)e [Wagner]. Oui, aux yeux du futur maître de Bayreuth, ses trois premiers opéras – Die Feen (1833-1834), Das Liebesverbot (1834-1835) et Rienzi, der Letzte der Tribunen ...
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Une Salomé confortable et tout public ouvre la saison de l’Opéra Bastille

En choisissant la sulfureuse Salomé de Richard Strauss, l’Opéra Bastille aurait pu ouvrir sa saison sur un coup de tonnerre semblable à celui qui marqua les débuts de cette œuvre, aussi bien au théâtre qu’ensuite à l’opéra, immergeant le spectateur pour cent minutes de  musique d’une rare densité, pleine de drame, de sang, de fureur, de séduction, d’érotisme, non dénué d’ironie, où l’ambigüité entre morbidité et sensualité est quasi permanente. ...
Hui He bouleversante Madama Butterfly.

Hui He bouleversante Madama Butterfly

Quand au lever de rideau, une voiture arrive aux abords d’une place encombrée de petits commerces de fast food, de néons et d’affiches publicitaires, on perçoit quelques mouvements d’humeur d’un public déconcerté par l’image aussi éloignée de celle de la Madama Butterfly de nos parents. Quand au baisser de ce même rideau, la clameur triomphante du public s’élève, se mesure le chemin parcouru par le metteur en scène vénitien Damiano ...
Symbolisme, quand tu nous tiens

Die Tote Stadt de Korngold : Symbolisme, quand tu nous tiens

Roman considéré comme fondateur du mouvement symboliste, Bruges la morte de l’écrivain belge d’expression francophone Georges Rodenbach a connu une fortune diverse, devenue Le Mirage dans son adaptation théâtrale (par Rodenbach lui-même) puis La Ville morte en 1920, mis en musique par le tout jeune Erich Wolfgang Korngold. Et cette musique, qui combine une facilité mélodique digne de Puccini aux déchaînements orchestraux de Richard Strauss, ne pouvait que mieux convenir ...
Le mystère de l’amour reste entier

Le mystère de l’amour reste entier

Salome Pour sa nouvelle production de Salome, le Capitole a confié la réalisation scénique à Pet Halmen espérant entretenir le parfum de scandale entourant la partition que la pièce d’Oscar Wilde a inspiré à Richard Strauss. De scandale il n’y a pas eu et celui qui avait toutes les cartes en main, cumulant décors, costumes, lumières, chorégraphie et mise en scène, se révèle au final plus décevant qu’irritant. En revanche au niveau ...
Andrea Chénier : tutta forza vers l’échafaud !

Andrea Chénier : tutta forza vers l’échafaud !

Andrea Chenier Etrange ouvrage que cet Andrea Chénier assez mal aimé et peu représenté en France ! Le sujet de la Terreur y est certainement pour quelque chose, dans l’horreur qu’elle impose. Mais le drame d’Illica a aussi ses faiblesses, mêlant peu harmonieusement un contexte historique complexe et des drames intimes. Le public met beaucoup de temps à s’attacher aux personnages et ce n’est que dans les deux derniers tableaux que l’émotion ...
Œdipe, enfin rendu à l’universalité

Œdipe, enfin rendu à l’universalité

Œdipe Il est bien rare qu’un critique découvre une œuvre complètement inconnue et plus encore qu’il y succombe. Cet opéra qui est le chef d’œuvre de son créateur, violoniste et compositeur de génie, mérite bien mieux que l’oubli dans lequel il est tombé. Monter cet ouvrage tenait de la gageure, mais Nicolas Jœl y tenait énormément et il est arrivé à le proposer en ouverture de saison. Il a bien failli ne ...
Un opéra bien affûté

Andrea Chénier, un opéra bien affûté

Si les noms d’André Chénier et d’Umberto Giordano sont aujourd’hui quasiment tombés dans l’oubli il nous reste heureusement en héritage ce drame historique en quatre actes dont le vérisme affirmé est caractéristique de ce mouvement italien apparu à la fin du XIXe siècle et tout droit issu du Naturalisme français. Si la partition et le livret sont, somme toute, d’un accès relativement aisé et plaisant pour le public, cet opéra ...
Le phénomène Anja Harteros II

Le phénomène Anja Harteros II

Lors de notre commentaire d’un enregistrement munichois de La Traviata, nous constations le charisme et la beauté du chant de la jeune soprano allemande Anja Harteros. Lauréate du Concours international de chant de Cardiff en 1999, la chanteuse semble lancée vers d’irrésistibles sommets. Travailleuse acharnée, elle assura en 2004 pas moins de quatre prises de rôles rien qu’au Staatsoper de Munich, et dans des rôles imposants : Desdemona, Arabella, Alice ...
Chérubin : les sécrétions hormonales

Chérubin : les sécrétions hormonales

« Je suis comme les ruisseaux : je suis clair parce que je ne suis pas profond. » L’aphorisme de Voltaire sied à merveille au dix-septième opéra de Jules Massenet. Le volage Chérubin – fine fleur synthétique du XVIIIe siècle – appartient à la galanterie quelque peu efféminée des Lumières. C’est le personnage le plus léger du panthéon massenétien. Plus qu’un avatar au triptyque de Beaumarchais, Chérubin ambitionne une place aux côtés de ...
Massenet en exil

Michelle Breedt, Chérubin frais et enthousiaste pour Massenet

Chérubin, petit bijou composé par un Massenet âgé de 63 ans, obtint à sa création en 1905 un succès d’estime, par une critique et un public un peu décontenancés, et ne fut jamais repris avant la fin du XXe siècle. Il est vrai que l’ambiance douce-amère de l’œuvre est difficile à saisir : ardeur, joie, vivacité et inconscience de la jeunesse, mais aussi nostalgie, émotion de retrouver chez un être cher ...
Eclatante Femme sans ombre

Eclatante Femme sans ombre

Ouverture de saison du Capitole Ouverture de saison particulièrement réussie au Capitole avec cette Femme sans ombre rarement donnée - et aussi rarement enregistrée. Opéra absolument superbe pourtant, dignes des œuvres les plus connues de Strauss, mais très délicat à distribuer avec ses trois rôles féminins écrasants. Et vive les femmes ! On retrouvait avec plaisir celle qui avait été une Brünnhilde mémorable sur cette même scène, Janice Baird, tout aussi captivante ...
La Clemenza di Tito

La Clemenza di Tito avec la Sesto de Vesselina Kasarova

Paradoxalement, en cette année Mozart, c’est la discographie de La Clemenza di Tito, le plus mésestimé des opéras de la maturité de Mozart, qui aura connu les plus de changements, avec des nouveautés : les versions Mackerras (Deutsche Grammophon), Jacobs (Harmonia Mundi) et Steinberg (RCA), la réédition de Kertesz (Decca), l’exhumation de Keilberth (Capriccio), en plus de quelques DVD captés à Salzbourg (Harnoncourt chez TDK), Drottnigholm (Euroarts) ou Paris (Cambreling ...
Le Maître... et l’apprenti

Le Maître… et l’apprenti

Les Maîtres chanteurs à Toulouse Mettre en scène aujourd’hui les Maîtres Chanteurs pose problème tant l’œuvre, apologie de l’art allemand fort connotée idéologiquement, a été récupérée par Hitler qui en fit l’opéra officiel du Troisième Reich - ce fut la seule œuvre jouée à Bayreuth en 1943 et 1944 lors de représentations réservées aux soldats et censées leur remonter le moral. Nicolas Jœl a pris le parti… de ne prendre aucun ...
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Chostakovitch et l’actualité

Halles aux Grains II y a quelque chose de tristement saisissant, le lendemain des élections américaines et le jour de l’annonce de l’aggravation de l’état de santé de Yasser Arafat, à entendre résonner les vers d’Evgeni Evtouchenko dénonçant les abus et mensonges du pouvoir, la corruption, la barbarie xénophobe. Car on aurait tort de croire secondaire le message politique de Chostakovitch, ou seulement lié a la terreur stalinienne : tout comme Beethoven ...
(c) Ursula Kaufmann

Le destin d’Otello au Grand Théâtre de Genève, avec force !

[caption id="attachment_48422" align="alignright" width="362" caption="(c) Ursula Kaufmann"][/caption] Pour son début de saison, Genève offre un ouvrage emblématique de Verdi. Une production du Théâtre de la Monnaie d’Otello signée Willy Decker retentit en effet ces jours dans les mûrs de l’institution lyrique du bout du lac. Créée le 5 février 1887, l’œuvre marquera les retrouvailles de Boito et du compositeur, alors septuagénaire, et s’imposera immédiatement comme l’un des chefs d’œuvre de l’Italien. Synthétique, ...

Ariadne auf Naxos

Opéra de Paris - Garnier Ce dont souffre le plus cette nouvelle production à l’Opéra de Paris de l’« Ariadne auf Naxos » de Richard Strauss et Hugo von Hofmannsthal présentée au Palais Garnier et dont le snobisme parisien s’est aussitôt emparé en en faisant le must de la saison, ce n’est pas sa mise en scène branchée, on a vu et on verra probablement bien pire, mais sa direction musicale. Le chef ...
Fin de Ring au Capitole

Fin de Ring au Capitole

Flamboyant Crépuscule de Richard Wagner Avec ce Crépuscule des dieux se conclut la première Tétralogie intégrale de Nicolas Joël au Théâtre du Capitole de Toulouse, vieux rêve que le metteur en scène caressait depuis longtemps et dont l’achèvement marque certainement une date importante pour ce théâtre. Il faut dire que, mis à part un Or du Rhin très controversé - et controversable - ce Ring se révèle une réussite certaine, même ...
Idyll avec Siegfried, ou Wotan en emporte le vent.

Idyll avec Siegfried, ou Wotan en emporte le vent.

Nicolas Joel / Pinchas Steinberg Malheureux Siegfried ! Son héroïque papa est tué dans une rixe (voir l’épisode II), la douce Sieglinde trépasse en accouchant au fin fond d’une épaisse forêt ; et, comble de malheur, le gamin, futur Seigneur de l’Anneau est « élevé » par un forgeron minable incapable de ressouder l’épée ! Siegfried en somme a le profil exact du délinquant sauvageon, livré à lui-même ; d’ailleurs il est à deux doigts d’occire son ...
Maîtres Chanteurs de tradition

Maîtres Chanteurs de tradition

Die Meistersinger von Nürnberg C’est sur une vision d’une terrifiante tradition que s’ouvre le rideau au terme de l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg proposés par le Théâtre du Capitole de Toulouse. Car, s’il se trouve au monde une partition lyrique chargée de tragique, c’est bien Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg. En effet, si l’unique opéra comique de Richard Wagner, conversation en musique de plus de 4h30 traitant de questions purement ...

Aquilée, morne plaine

Pinchas Steinberg / Josée Dayan et Jeanne Moreau Après l’Aïda du Stade de France et sa folie des petitesses, Paris a mis un point d’honneur à offrir in loco (Bastille) un deuxième hommage automnal, bruyant à défaut d’être bouillonnant, à Verdi. Cette fois-ci, place au jeune ! Celui des « années de galère » (1846), avec l’entrée au répertoire d’Attila. Tempérons, du reste, la séparation artificielle encore vivace entre le Verdi mature ...

Cherche chanteurs verdiens, désespérément

Don Carlo «Mondo ladro, mondo reo…» Qu’il est difficile de proposer une distribution authentiquement verdienne pour servir l’un des purs chefs d’œuvre de la maturité de Verdi ! Et dire que les conditions météorologiques étaient, ce soir-là, clémentes… alors, seul le vent de la perfection était autorisé à souffler sur le Théâtre Antique. Flûte, il a fallu pourtant déchanter ! Deux regrets liminaires : d’abord – et sans s’attarder sur les mérites respectifs des versions ...