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Il Ritorno d’Ulisse, le festival William Kentridge ?

Pour la fin de son mandat à La Monnaie, nous propose deux reprises de deux spectacles scénographiés par l’artiste . Dans quelques semaines, ce Ritorno d’Ulisse sera suivi de la Flûte enchantée de Mozart. L’histoire de ce spectacle monteverdien est connue. Monté en 1998 dans le cadre d’une collaboration avec le Kunstenfestivaldesarts (Kfda pour les initiés), ce retour d’Ulysse marquait l’affirmation en Europe de dont la notoriété était alors locale. En une dizaine d’année, l’homme qui travaille au fusain ou au charbon sur papier s’est imposé comme l’un des artistes sud africains les plus célèbres dans le monde et l’une des étoiles de l’art contemporain. Son œuvre autobiographie, poétique et d’une grande subtilité touche un large public bien au-delà des cénacles habituels. L’agenda de Kentridge est archi bourré alors qu’une nouvelle collaboration lyrique s’annonce : le Nez de Chostakovitch en 2008 au MET de New-York.

Dès lors revoir ce spectacle était une expérience des plus intéressantes. Proposé pour seulement trois représentations, ce travail fascine toujours. Dans un décor unique qui n’est pas sans rappeler le théâtre du Globe de Shakespeare, Kentridge raconte une histoire humaine insistant sur la psychologie des personnages. Ulysse est ainsi un vieil homme mourrant sur un lit d’hôpital dont le retour tient plus de l’ultime songe que de la réalité. Les chanteurs en tenues contemporaines se voient « doublés » par des marionnettes assez sommaires mais très expressives ; le coup de génie de Kentridge consistant à faire participer les chanteurs aux mouvements des marionnettes. Derrière la scène, un écran reçoit les projections vidéos qui mêlent imageries médicales, bouts de films, et dessins de Kentridge. Le résultat est assez fascinant et captivant, le tout s’affirmant d’une élégance intellectuelle racée.

Côté musique, ce n’est malheureusement pas du même niveau. Le est un excellent ensemble et son chef un très grand musicien, mais en dépit d’une belle perfection technique, l’interprétation était assez avare de couleurs et de sensualité, renforçant l’aspect expérimental et chirurgical du spectacle. La distribution était homogène mais sans génie particulier, de l’assez beau chant mais des timbres impersonnels. Il faut saluer les belles prestations de en Ulisse et l’Humana Fragilità ainsi que celle de en Fortuna / Melanto. On sera bien plus réservé sur le vibrato encombrant de en Penelope.

Crédit photographique : © Théâtre Royal de La Monnaie