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Yo-Yo Ma fait son Dvořák

Après son passage au TCE il y a quelques mois où il interprétait, avec l’Orchestre National de France et Kurt Masur, l’électrisant Concerto n°1 de Chostakovitch, se produisait ce mercredi 17 Octobre à la Salle Pleyel dans le mythique Concerto d’, cheval de bataille de tous les violoncellistes. Et c’est bien le soliste, hier au soir, qui « tenait les rennes » de l’, modelant à son désir et à son tempo les moindres inflexions expressives du discours : une volonté non dissimulée – sa rotation permanente vers le chef et les musiciens agace un peu – de partager ce moment de musique en symbiose totale avec l’orchestre et de nous faire apprécier les finesses concertantes de l’écriture de Dvořák.

Sans l’ombre d’un effort de la part de ce fabuleux magicien du son – il tire son énergie d’une force intérieure qui nous échappe – donne au premier mouvement du concerto sa fulgurance et ses contrastes en privilégiant plutôt la couleur que la puissance. Mais l’équilibre entre les forces en présence est toujours là, l’ magnétisé par ce leader – mettant dans l’ombre la direction de – donnant la pleine mesure de son talent de coloriste. Si le mouvement lent, beau comme un astre, s’épanche dans un temps que l’on aimerait un peu plus resserré – mais cette suspension méditative est en soi une expérience d’écoute fascinante – mène le Rondo final avec une énergie et un sens de la dramaturgie donnant toute sa fulgurance à un discours qu’il s’approprie avec une maîtrise confondante.

Revenant sur scène pour un premier bis, la Sarabande de la Suite n°6 de Bach coulant sous ses doigts avec l’élégance et la noblesse qui sied à cette danse, Yo-Yo Ma, toujours très théâtral, ira emprunter l’instrument du violoncelle solo – autre geste symbolique de partage ? – pour clore sa prestation avec les deux bourrées de la troisième suite.

Composée comme le Concerto pour violoncelle de Dvořák sur le territoire américain où , accusé par les autorités du Troisième Reich d’avoir travaillé en France avec des musiciens juifs, doit s’exiler en 1940, la Symphonie en mi bémol du compositeur allemand est créée le 21 novembre 1941 à Minneapolis. Coulée dans le moule traditionnel en quatre mouvements, l’œuvre n’échappe pas aux « tics » néoclassiques telle l’irrésistible légèreté du geste dans le troisième mouvement – un scherzo aux accents « chostakoviens » mettant en vedette hautbois et cor anglais dans de savoureux soli – et la rhétorique du « fugato » qui génère l’énergie des deuxième et quatrième parties. Après un premier mouvement concis et très enlevé, déployant sans retenue toutes les couleurs de l’orchestre, c’est le mouvement lent qui retient notre attention. Fort bien mené par qui en détaille les différents paliers de tension, ce long « thrène » débutant par les cuivres auxquels se confrontera la masse des cordes impose sa marche inéluctable vers deux climax faisant éclater l’espace sonore dans un fracas terrifiant dont Hindemith semble mesurer les résonances tragiques.

Crédit photographique : DR