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Une Manon pour Netrebko et Villazón

Filmé en 2007 au théâtre Under den Linden de Berlin, ce spectacle est la reprise de la mise en scène conçue par Vicent Paterson à Los Angeles en 2006, alors sous la direction musicale de Plácido Domingo. Manon y est présentée comme une fraîche et naïve jeune fille, soucieuse avant tout de ressembler aux stars de cinéma de son époque. Tour à tour présenté sous les traits de Audrey Hepburn, de Marilyn Monroe, de Gina Lollobrigida ou d’Ingrid Bergman, le personnage traverse l’ouvrage avec une candeur perverse désarmante, qui ne rend que plus émouvante la scène finale, lorsque Manon prend sincèrement conscience de ses erreurs passées. La transposition vers le Paris des années 50 n’est peut-être pas des plus convaincantes sur le plan dramaturgique, même si l’on comprend bien que les décors de Johannes Leiacker, ainsi que les magnifiques costumes de Susan Hilferty – un véritable défilé de mode… – sont censés représenter l’éclat éphémère de la respectabilité bourgeoise supposée être caractéristique de cette époque. Dans un tel contexte, l’intrigue perd quelque peu de son sens, et on comprend mal, avec cet anachronisme fondamental, certains des enjeux des deux derniers tableaux.

Peu importe, après tout, car le spectacle est de toute évidence centré autour du couple star Netrebko-Villazón, littéralement éblouissant. La soprano russe, en très grande forme, excelle dans toutes les facettes de son rôle, physiquement autant que vocalement. Même si l’on pourra trouver les coloratures de Natalie Dessay plus audacieuses, on ne voit pas quelle soprano aujourd’hui pourrait rendre aussi bien justice, vocalement, à un rôle aussi riche, aussi complet et aussi exigeant. Villazón est lui aussi un protagoniste proche de l’idéal, aussi bien dans la nuance que dans les emportements passionnés. Il est en outre en bien meilleure forme vocale que dans le DVD de Barcelone, face à une Natalie Dessay au jeu subtil, mais aux moyens vocaux inadaptés. Seul reproche aux deux vedettes de la mise en scène berlinoise, un français relativement peu idiomatique, défaut également partagé par les barytons et , assez bien chantants cependant dans les rôles de Lescaut et du Comte Des Grieux. Heureusement, le vétéran , un Guillot de Morfontaine d’anthologie, est là pour donner un peu de couleur locale à cette histoire franco-parisienne…

On n’attendait pas à la tête d’un tel ouvrage, et pourtant sa lecture est d’une remarquable fraîcheur, efficace sur le plan dramatique et envoûtante dans les passages lyriques et passionnés. De même, les chœurs et l’orchestre du Staatsoper de Berlin rendent tout à fait justice à la partition, même si cette dernière est essentiellement destinée à mettre en valeur deux gosiers exceptionnels. Avec et , le contrat de départ est plus que rempli.