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Fade Salomé

En 1905 Freud avait déjà écrit l’Etude sur l’hystérie, L’interprétation des rêves et Trois essais sur la théorie sexuelle. Le terme de psychanalyse est créé. Comment ne pas en prendre compte face à Salomé d’Oscar Wilde /  ? Une jeune fille érotomane, une vieille dame aigrie, un vieil homme impuissant et pédéraste, un mystique halluciné, …

Non, prend tout au premier degré. Salomé est une jeune fille capricieuse, Jokanaan ressemble à un moine franciscain, Hérode est un vieil inconscient, Hérodiade est affublée d’un accoutrement digne de Madame de Fontenay… Aucun poncif ne nous est épargné : le Page d’Hérodiade paluche Narraboth tant et plus, les gardes sont en jupettes, les bourreaux bodybuildés… Lors de la grande scène de séduction de Salomé envers le prophète, celui-ci met sa capuche quand elle lui dit «Laisse-moi toucher tes cheveux», et idem, se mettant la main devant la bouche pour la fameuse phrase «Laisse-moi baiser ta bouche». La direction d’acteur est inexistante, chaque geste «sonne» faux, les chanteurs ne font qu’aller et venir sur scène en minaudant, le sommet du ridicule étant atteint avec la Danse des sept voiles. Le décor a minima de David Borovsky ne régale pas l’œil non plus. Nous sommes loin des lectures décapantes de Luc Bondy, Willy Decker ou Robert Carsen. La production d’origine, créée sur cette scène en 2003, avait au moins un plateau d’exception…

Ce soir, peine perdue. Le rôle de Salomé est trop vaste pour , les graves sont inaudibles, les aigus aigrelets, et la projection fait défaut. n’a rien d’un Jokanaan, aucune ligne vocale, aucune majesté, un chant fruste et peu nuancé. , dont la voix est considérablement usée, ne donne aucune dimension à Hérode. Heureusement il reste Julia Juon, ainsi que l’ensemble des seconds rôles, tous excellemment tenus, avec une mention spéciale pour (1er soldat) et Ugo Rabec (2nd Nazaréen).

Reste l’orchestre, si important chez Strauss. La lecture d’ reste sage et mesurée, sans prise de risques. L’ensemble sonne magnifiquement et ne couvre jamais les chanteurs. Mais il manque ce «grain de folie», cette démesure, qui donne toute sa spécificité à cet opéra. A sa décharge, comme il nous l’avait confié dans un récent entretien, ce fut ce soir son premier Strauss et son premier spectacle à l’ONP. Prudence est mère de sureté, quelques années de fréquentation de la partition lui permettront de plus facilement «sortir des gonds». Ceci dit, une production d’opéra ne repose pas uniquement sur un chef d’orchestre et des seconds rôles.

Crédit photographique : Camilla Nyland (Salomé) ; (Hérode, au centre), Eric Huchet, , Wolfgang Alblinger-Sperrhacke, , (les juifs) © Christian Leiber / Opéra National de Paris

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