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Féérie et simplicité pour le Rossignol et autres fables

S’il ne devait rester qu’un seul spectacle, ce serait celui-là. L’année 2010 n’est pas finie, mais Le Rossignol et autres fables est sans doutes la meilleure production du moment. De la réalisation scénique à l’interprétation musicale, tout y est exceptionnel. Un grand moment de théâtre, un grand moment de musique, bref, un grand moment d’opéra.

Le metteur en scène québécois , a qui on doit de superbes lectures du Rake’s Progress à Bruxelles ou du Château de Barbe-Bleue à Montréal, a décidé de jouer la carte du tout féérique dans ce spectacle basé sur les oeuvres de la première période d’, avec des moyens très simples faits de théâtre d’ombres et de marionnettes, dans l’esprit populaire.

Après un Ragtime enlevé en guise d’ouverture, les trois cycles de mélodies (Pribaoutki, Berceuses du chat et Deux poèmes de Constantin Balmont) inteprétés successivement par Svetlana Shilova et Elena Semenova sont illustrés visuellement par de simples ombres chinoises faites avec les mains. Un travail à la fois simple et sophistiqué, en accord avec l’essence populaire de ces pièces. Les jeux d’ombres et de lumières étaient prolongés sur le plafond du Grand-Théâtre par la présence, en lieu de fosse d’orchestre, d’une piscine, dont les reflets projetaient au dessus du public la silouhette de . En guise de liaison, Jean-Michel Bertelli, clarinette solo de l’Orchestre de l’Opéra national de Lyon, jouait les très virtuoses Trois pièces pour clarinette seule. Le seul moment de répit visuel est dans les Quatre chants paysans russes, donnés dans la seconde version avec quatre cors. Puis vient Renard, pièce très rarement donnée en version scénique. Les quatre chanteurs, en habit traditionnel russe, sont devant l’orchestre (et derrière la piscine). En fond de scène, un écran blanc sur lequel vont se projeter les ombres des acrobates figurants, dans un délicat ballet visuel qui retranscrit la verve et la trucullence de cette Histoire burlesque chantée et jouée. Musicalement, est dans son élément, les mesures irrégulières de Renard ne sont qu’une simple formalité, ainsi soutenus les chanteurs donnent le meilleur d’eux-même.

Avec Le Rossignol nous pénétrons un peu plus dans le féérique. L’orchestre occupe tout le fond de scène, le choeur est assis sagement derrière le chef, les personnages évoluent devant le choeur, sur des balcons aux extrémités de l’avant-scène ou… à moitié immergés dans la piscine centrale ! Chaque chanteur – sauf le Rossignol – manie une marionette à son effigie, plongeant le spectateur un peu plus loin dans le conte. L’imagination de et de son équipe semble sans limite, la scène grouille de détails et accessoires cocasses, pas un moment ne se passe sans une nouvelle surprise visuelle. Les changements de décors entre les trois courts actes sont amenés avec intelligence et sans temps mort, avec des moyens très simples : une toile tendue, quelques jeux d’ombres, ou un simple démontage d’accessoire, tel le trône de l’Empereur de Chine qui devient un squelette géant au pour la scène qui le confronte à la Mort. Les yeux sont comblés, les oreilles aussi. Kazushi Ono tire vers le haut l’Orchestre de l’Opéra national de Lyon dans cette partition hybride, impressionniste et folkloriste. Du plateau exceptionnel, retenons le Pêcheur d’ et le superbe Rossignol d’. Mention spéciale aux choeurs, qui n’ont pas la partie facile dans ce Rossignol.

Il ne faut cesser de le répéter, cette production est exceptionnelle. Arte devrait la diffuser. Donc on peut espérer un DVD prochainement, pour prolonger l’émotion. Et, qui sait, des reprises dans divers théâtres… A l’heure ou nombre de metteurs en scène à l’opéra ne font plus que du théâtre, Robert Lepage n’a pas oublié lui qu’il avait à faire avant tout à des oeuvres musicales.

Crédit photographique : (Le Rossignol) & (L’Empeureur de Chine) dans Le Rossignol ; (Ténor 2) et Kazushi Ono (de dos) dans Renard © Elisabeth Carecchio

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