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Tannhäuser, une reprise des plus solides à Munich

a pendant longtemps joué un rôle essentiel à l’Opéra de Munich, où Sir Peter Jonas lui a confié plus d’une dizaine de productions dans tous les répertoires, avec quelques échecs flagrants, mais aussi plusieurs sommets du théâtre musical contemporain. De ce vaste répertoire, sévèrement dégraissé dès le départ de Jonas en 2006, il ne reste aujourd’hui que ce Tannhäuser, créé dès 1994 et remonté ici avec un soin remarquable, et c’est avec plaisir qu’on retrouve pour une soirée le talent d’Alden pour rendre visible les enjeux sous-jacents du drame.

On mentirait en affirmant que cette représentation festivalière restera durablement dans les mémoires, mais elle avait également quelques atouts qui ne sont pas forcément ceux qu’on attendait. , en particulier, déçoit dans un rôle marqué en ces lieux par : l’intonation est souvent incertaine, sans qu’un tempérament particulièrement marquant vienne compenser cette faiblesse. n’a certes pas le premier de ces deux défauts, mais l’incarnation reste assez pâle, et la voix commence à prendre des couleurs acides : l’ensemble est efficace et fonctionnel, mais peu séduisant.

Peu séduisant aussi, du moins à première vue, est le Tannhäuser éprouvé de . Le timbre a perdu de sa séduction, la ligne n’est plus d’un métal uniforme, et les huées nourries qui l’accueillent aux saluts trouvent leur justification dans ces faiblesses réelles. Mais le chanteur a d’autres qualités qui les compensent largement : c’en est fini de la placidité bien connue d’un interprète qui se reposait trop souvent sur la splendeur de la voix, et l’expérience considérable qu’il a acquis au fil du temps dans ce rôle se sent à tout moment, non seulement dans une capacité étonnante à tenir le temps long de la représentation, mais aussi dans une multitude de détails, dans la dynamique, dans la diction, dans la manière de conduire le discours musical de ses airs. Son interprétation prend toute sa dimension dans un récit de Rome d’une puissance expressive sans pareille.

Son véritable partenaire n’est pas à chercher du côté des dames : le Wolfram de est le triomphateur de la soirée, et ses confrontations avec Tannhäuser sont d’autant plus prenantes que les moyens mis en œuvre par les deux chanteurs sont aux antipodes. Tandis que finit par l’emporter en force, il déploie tout un art du phrasé, du texte, de la nuance rythmique et dynamique qui trahissent en lui l’habitude du lied, sans pour autant sacrifier la construction du personnage sur le long terme. En cette soirée, le timbre est d’une richesse sans limite, la projection aisée et percutante : une incarnation historique.

Dans la fosse, les choses sont moins enthousiasmantes. a essuyé des critiques sévères pour son Lohengrin, mais son interprétation très réfléchie, qui fuyait le post-romantisme pesant d’un Thielemann pour rappeler que Wagner est contemporain de Schumann, avait de quoi enthousiasmer par sa nouveauté ; ici, peut-être aussi faute d’un travail suffisamment détaillé avec l’orchestre, le résultat est nettement moins abouti, et si les couleurs séduisent çà et là, si l’essentiel est en place, on n’entend pas dans la fosse plus que la routine festivalière d’un excellent orchestre.

Crédit photographique : (Venus) & Peter Seiffert (Tannhaüser) © Wilfried Hösl