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Sweeney Todd au Châtelet, un barbier diabolique

Pour la première fois en France, une version sombre et sociale du « musical » de Steven Sondheim, d’après un fait divers londonien du XIXème siècle. Du grand art !

La nouvelle comédie musicale du Théâtre du Châtelet nous transporte dans un monde des bas-fonds londoniens. Sous la forme d’une ballade, chantée et reprise par la foule dès l’ouverture de l’œuvre, Sweeney Todd conte l’histoire du barbier diabolique de Fleet Street, imaginée en 1979 par le librettiste Hugh Wheeler et le compositeur Steven Sondheim d’après une pièce de Christopher Bond. Ce « thriller musical » retrace la vengeance macabre et obsessionnelle d’un barbier londonien des années 1840.

Régulièrement repris depuis sa création à Londres, comme aux Etats-Unis, Sweeney Todd est présenté pour la première fois en France dans une nouvelle production signée par la même équipe que celle qui fit le succès de A little night music, du même Steven Sondheim, programmé l’année dernière. Dans sa mise en scène, Lee Blakely a privilégié une vision sombre et sociale du Londres post-révolution industrielle. La foule agressive et avide qu’il met en mouvement est faite de petites gens et de notables bien mis. En guise de décor, sur deux niveaux, une structure métallique qui ressemble à une coursive de bateau. Tour à tour atelier, boutique, entrepôt ou asile, cet espace modulé par de larges fenêtres d’usine diffuse une lumière plutôt rare.

Mais c’est la musique et le plateau qui illuminent et éblouissent cette austère production, chœur et orchestre en tête. A la tête de l’ (qui sera remplacé à partir du 8 mai par l’Orchestre Pasdeloup), offre une direction efficace et variée, rendant avec subtilité les ambiances sonores et les différentes tonalités de la partition. Sans aucune pause, avec de la musique qui jaillit à flot continu, l’orchestre parvient à tenir l’oreille en alerte pendant les trois heures que durent le spectacle. Accentuant tantôt l’effet masse de la foule bruissante, modulant peu après les accents des solistes aux tessitures variées, il fait preuve d’une étonnante souplesse !

donne au rôle-titre son amplitude vocale et sa prestance physique, tenant le rythme de bout en bout, dans les séquences dramatiques comme dans les séquences burlesques. Sa partenaire, la désopilante Mrs Lovett, personnage haut en couleur qui fait preuve d’un renversant sens pratique, est incarnée par Caroline O’Connor. Elle est confondante de naturel, accent cockney inclus ! Dans les rôles plus ingrats de Joanna, pour la fille de Sweeney Todd, et de Lucy, la mendiante, et Rebecca de Pont Davies font entendre des voix claires et mélodieuses.

Deux jeunes chanteurs sont particulièrement remarquables : Nicholas Garret dans le rôle d’Anthony Hope, le jeune marin qui nourrit le projet d’épouser Joanna et dans le rôle de Toby, l’apprenti. Ce sont deux voix brillantes et convaincantes qui éclipse presque les deux rôles seniors de la distribution, en sépulcral Juge Turpin et dans celui de son bedeau, coquet et comique malgré lui. L’ensemble de cette distribution est un véritable régal, de grandes pointures côtoyant de jeunes talents aguerris, pour une leçon de « musical » dans les règles de l’art. Une production qui fera date !

Crédit photographique : (Sweeney Todd) & Caroline O’Connor (Mrs Lovett) © Marie-Noëlle Robert / Théâtre du Châtelet