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Le beau Beethoven de Kent Nagano

, chef essentiellement réputé pour ses interprétations des musiques modernes et contemporaines, cherche à repositionner son orchestre de Montréal sur la scène discographique mondiale. Venant après un Chant de la terre de belle facture, déjà pour Sony, le chef  offre un intéressant album Beethoven. Même si ce répertoire est archi-rebattu et barré par des références substantielles, ce disque semble avoir été réfléchi avec intelligence et sens éditorial. Le symphonique de Montréal, du moins à l’époque de Charles Dutoit, a accumulé, les disques de musiques française et russe et reste à découvrir dans le « grand répertoire » d’où ce choix inattendu au regard du parcours de ces artistes. Outre l’exécution des deux partitions, le disque est complété par une double narration (en anglais et en français) d’un texte de l’auteur Yann Martel, « revisitant » le mythe de Prométhée. Le résultat, lisible uniquement sur un ordinateur, apporte un petit plus même s’il vire à l’exercice de style. Enfin,  la notice de présentation est synthétique mais soignée. Au final, cela faisait longtemps que Sony/BMG n’avait pas édité un disque aussi respectueux de l’acheteur…

Du côté interprétatif, on n’attendait pas Kent Nagano aussi convaincant. Passant pour un chef froid obnubilé par le respect de la mise en place, ses lectures Beethoveniennes proposent une « tradition revisitée ». L’orchestre reste en tutti, mais avec ce qu’il faut d’énergie et de pugnacité. Les Créatures de Prométhée sont bien cernées avec respect, à la fois simples et délicates, dans l’adagio mais vigoureuses dans les extraits plus rapides. Dans la Symphonie héroïque, Nagano est toujours en phase avec le sujet. La battue, dynamique et sèche, impose un Beethoven puissant et volontaire mais jamais épais, avec un grand soin apporté aux équilibres. On est à la suite de la démarche d’un Osmo Vänskä (Bis), mais avec un orchestre bien plus virtuose et affuté. Il faudrait peut être juste un peu plus d’humanité à cette lecture pour se hisser sur les plus hautes marches.

Sur le créneau des lectures contemporaines avec des orchestres traditionnels, il s’agit sans contestation d’une des plus pertinentes avec celle, déjà citée, d’Osmo Vänskä         . C’est bien supérieur, en termes d’inspiration et de fini instrumental, à Herreweghe et la philharmonie des Flandres (Pentatone) et à Bernard Haitink avec le London Symphony Orchestra (LSO live). Le commentateur est également très enthousiaste de retrouver un OSM au sommet de sa forme avec une belle couleur d’ensemble, une parfaite homogénéité et des pupitres de vents très inspirés. À l’époque de Charles Dutoit, nos confrères de Gramophone, avaient salué, en l’OSM, le meilleur orchestre français ! Même si le son s’est internationalisé, force est de constater que la formation canadienne surpasse encore, en terme de rigueur et d’homogénéité du son,  la quasi-totalité des orchestres d’autres régions francophones.

 

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