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Rolando Villazón, un Werther extraverti

Il y a seulement dix ans, la parution d’un nouvel enregistrement de Werther nous aurait comblé, tant la discographie, dominée par la version EMI (Plasson, Kraus, Troyanos) pourtant bien froide, était maigre. Les temps changent, et les maisons de disque se sont de nouveau intéressées à certains titres de , nous proposant, en CD comme en DVD, Cendrillon ou Don Quichotte. Pour l’œuvre qui nous intéresse aujourd’hui, nous disposons des interprétations de Roberto Alagna, Marcello Alvarez, Jonas Kaufmann, et même la version pour baryton de Thomas Hampson ! Il ne manquait, pour compléter la liste des principaux Werther du moment, que , qui a enflammé avec ce rôle les scènes de Vienne, Londres et Paris, et l’a même mis en scène à Lyon.

Et voilà que, devant cette pléthore de choix, on fait la fine bouche, on ergote plus ou moins… Certes, le ténor semble avoir retrouvé tous ses moyens vocaux, et c’est une excellente nouvelle, mais cette vision très latine, électrisante, fiévreuse, qui emporte l’adhésion sur scène, pose question à l’écoute du CD, car trop de trémolos, de sanglots, d’effets faciles, semblent l’éloigner de l’univers de Massenet, et encore plus de celui de Goethe. Il appartiendra à l’auditeur de faire son propre choix, entre le manque de soleil dans la voix de Jonas Kaufmann et l’excessivité de Rolando Villazon… ou d’apprécier les deux à leur juste valeur, pour des raisons diamétralement opposées.

A ses côtés, en parait d’autant plus bouleversante, qu’elle distille au contraire une interprétation toute de pudeur et de passion retenue.

Mis à part , toujours impeccable, on s’imaginait le pire du reste d’une distribution non francophone. A notre grande surprise, la diction de chacun, y compris celle des enfants, est parfaite. est une Sophie fraîche, qui évite toute mièvrerie. est un Albert solide, un peu monolithique.

La direction d’ est emportée, nerveuse, et insuffle à l’orchestre of the Royal Opera House un romantisme brûlant.