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Esther de Haendel, version 1720

On connaît l’importance qu’eut dans la carrière de la première audition, en 1732, de son oratorio Esther. Destiné alors à contrer diverses entreprises de piratage, l’ouvrage proposé par le compositeur à son public londonien était en réalité la version étoffée d’une œuvre de jeunesse présentée en 1718 à Cannons pour le futur duc de Chandos, auprès de qui Haendel était compositeur en résidence. Le présent enregistrement s’appuie sur les travaux du musicologue américain John Roberts, lesquels ont prouvé de source sûre que seule la version dite de 1720 était dotée d’une quelconque authenticité, celle de 1718, déjà enregistrée à plusieurs reprises de par le passé (Christopher Hogwood, ) étant davantage le fruit d’un certain nombre d’hypothèses musicologiques. Même si elle n’est pas structurellement très différente de la version originale, la partition de 1720, divisée en trois actes et non plus en six scènes, bénéficie ainsi d’une orchestration plus fournie, avec notamment un solo de flûte pour agrémenter le remarquable air avec accompagnement de harpe « Praise the Lord ». La notice rédigée par le chef d’orchestre détaille avec clarté, et sans le moindre pédantisme, l’apport de la recherche scientifique récente.

En plus de son intérêt purement musicologique, cette nouvelle version n’aura, en raison de ses qualités musicales, aucun mal à se ranger à côté de ses illustres devancières, grâce notamment à la direction souple et énergique de à la tête de l’ensemble écossais . Réduit à onze chanteurs – les huit solistes, plus quelques voix en renfort –, le chœur s’acquitte avec précision, fraîcheur et conviction des ensembles savamment architecturés dont Haendel commençait à se faire une spécialité.

Les solistes recrutés pour la circonstance sont d’un niveau inégal, les voix masculines l’emportant très largement sur leurs partenaires féminines. Si le contreténor paraît bien fatigué aujourd’hui, on appréciera tout particulièrement la prestation du baryton-basse , émouvant dans le rôle du « méchant » Haman ; l’essentiel de la musique de ce personnage peu recommandable provenait d’ailleurs de la Brockes-Passion créée en Allemagne, où elle avait été confiée par Haendel au personnage du Christ… Des trois ténors de l’oratorio se détache le suave et onctueux , modèle de diction, même si et font tout à fait honneur à leurs rôles respectifs. On sera moins clément avec l’Esther stridente de Susan Hamilton, l’argument selon lequel l’orchestration de ses airs – tous doublés par un instrument – prouverait que le rôle avait été créé par une chanteuse mineure n’excusant pas une aussi piètre prestation. Et que dire de l’épouvantable Electra Lochhead, dont l’instrument aigre et pincé réussit à gâcher le sublime « Praise the Lord » ; une voix d’enfant n’aurait pas pu être plus fausse…

On aura compris que l’intérêt musicologique n’est pas le seul atout de cet enregistrement malheureusement affaibli par deux choix de distribution pour le moins hasardeux.