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Le nozze di Figaro de Giorgio Strehler

En dépit de son âge – près de quarante ans ! –, la célèbre mise en scène de , qui fit les beaux jours du Palais Garnier dans les années 1970 et 80, continue à enchanter aujourd’hui les spectateurs de Bastille. Les décors et les costumes d’ n’ont pas pris une ride, les éclairages réglés par Strehler lui-même sont toujours aussi envoûtants et la direction d’acteurs n’a perdu ni de son piquant ni de sa pertinence. Les amateurs de théâtre musical pourront se tourner sans hésitation vers ce savoureux produit, qui rivalisera néanmoins avec le DVD publié récemment par la firme Arthaus, lequel propose la même mise en scène captée cette fois-ci à la Scala, avec une distribution peut-être plus idoine emmenée par une ravissante Diana Damrau et un ténébreux Ildebrando d’Arcangelo.

Car c’est bien sur le plan de la distribution que pêche ce DVD, non pas en raison de quelconques insuffisances vocales, mais bel et bien par une inadéquation notoire au style mozartien. De manière à remplir l’immense vaisseau de Bastille, le comte de vous a des accents de Verdi, et la comtesse de sonne comme une Tosca, un peu fatiguée de surcroît. Et si la trop piquante Suzanne de serait sans doute plus à sa place dans Don Pasquale ou dans L’elisir d’amore, le Chérubin de ne cache pas ses affinités avec le répertoire rossinien. Des trois vétérans anglais – , et –, aucun ne parvient à sauver la mise, les débris vocaux des trois compères ne permettant pas de mettre en valeur une adéquation stylistique certes un peu plus marquée. Au final, il n’y a guère que le Figaro de qui parvienne réellement à faire passer, à travers le chant et la musique, un véritable frisson mozartien. Si les souvenirs des Price, Te Kanawa et autres Berganza, qui se sont toutes autrefois illustrées dans cette mise en scène, resteront hélas au statut de souvenir, on aurait sans doute intérêt à nous rendre pour le DVD la captation télévisée du 14 juillet 1980, laquelle fixait pour l’éternité la prestation des Janowitz, Popp, Von Stage, Van Dam, Bacquier, Berbié, Sénéchal d’antan, emportés ce soir-là par un Solti en état de grâce. À une époque où le chant mozartien n’a plus de secrets pour personne, et où les chanteurs spécialisés sont légion, il est tout de même navrant de présenter au public une interprétation aussi peu stylée, à l’image de la direction de , peu apte elle aussi à faire passer le grand souffle mozartien.