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Un Falstaff plaisamment mené à Bastille

Présenté la première fois en 1999, ce Falstaff nous revient après quelques années de sommeil sur la scène sans doute un peu trop vaste de l’Opéra Bastille, avec une toute nouvelle distribution sous la direction du chef israélien . Dernier opéra de Verdi, obéissant aux règles de l’art de la comédie, abandonnant quasi complètement la notion d’air chère à l’opéra italien au profit d’un chant continu plus que porté expressivement et dramatiquement par l’orchestre, cet ouvrage tranche franchement avec le reste de la production verdienne, en constituant à la fois une parenthèse enchantée et une conclusion en apothéose. Car cet ultime coup d’essai du génial Verdi est un absolu coup de maître.

La production de l’Opéra de Paris est-elle à la hauteur de l’ouvrage ? Sans doute non si on place la barre au niveau de l’absolu chef-d’œuvre, mais on y prend incontestablement du plaisir, grâce surtout à une distribution homogène qui joue joliment le jeu, et à une mise en scène qui sauvegarde l’esprit de la comédie et du livret même si elle en sacrifie parfois le respect absolu, on y trouve encore quelques hiatus avec des mots prononcés qui dans la situation mise en scène n’ont pas de sens, mais pas trop souvent. On sera moins emballé par l’accompagnement orchestral qui n’avait pas la vigueur, l’allant, le tranchant, et finalement le ton de la comédie.

déplace dans le temps l’action de ces joyeuses commères inspirée de Shakespeare, les amenant au début du XXème siècle, sans doute derrière les docks longeant la Tamise. Ainsi toute l’action se situera dans ce qui semble être là une rue, ici une cour, constamment adossée à une façade d’immeubles en briques, glissant de quelque mètres à droite et à gauche afin d’ajuster le fond du décor d’un tableau à l’autre. Ce dispositif qui a l’avantage de la simplicité, avait le léger inconvénient de ne pas réellement changer l’ambiance entre chaque tableau. A ce jeu, c’est le tout dernier, la forêt de Windsor, qui en pâtit le plus, toujours devant le fameux mur de brique sur lequel apparait en surimpression le dessin d’un grand arbre. Effet pas très convainquant, qui ne donna pas à cet ultime scène son aspect féérique attendu. D’ailleurs ce dernier tableau, en deçà de son potentiel magique ou comique, et qu’on ne ressentit pas comme l’apothéose de l’opéra, restera le principal point faible d’une mise en scène plutôt plaisante et vivante par ailleurs. Et plutôt agréable à regarder grâce aux belles lumières de Philippe Albaric et aux costumes élégants et harmonieux d’Elena Rivkina.

Evidemment, vu les talents réunis sur la scène de Bastille, et l’évidente qualité du travail fourni par l’ensemble de la distribution, on aurait aimé pouvoir mieux en profiter et percevoir toute la richesse et les nuances du jeu vocal, mais on sait bien que l’acoustique de ce vaste lieu n’y aide pas vraiment, il faut s’en faire une raison. On y perd donc inévitablement une partie de la mécanique d’horlogerie typique de la comédie, magistralement mise au point ici par Boïto et Verdi. Du coup la perception des personnages typiquement de comédie, Cajus, Bardolfo, Pistola s’en trouve défavorisée alors que ceux qui sont plus chantant sont mieux perçus. Ainsi la Mrs Quickly de , réussit admirablement son coup, offrant sans doute au public de Bastille les meilleurs moments de chant de la soirée. campa un Falstaff assez sobre, loin de tout esprit de caricature, dégageant une certaine noblesse. Le baryton italien fut maitre de son personnage d’un bout à l’autre, vocalement et scéniquement, et fut récompensé par un tonnerre d’applaudissements. Le duo Alice Meg fonctionnait allègrement, se montrant plus distante dans son jeu comique et plus intense dans sa partie vocale, alors qu’on eu la perception inverse avec . Les jeunes amoureux faisaient également plaisir à entendre, la Nanette d’ s’imposait franchement, alors que Paolo Fanale fut plus discret en Fenton. Enfin le Ford d’Artur Rucinski, voix magnifique, au timbre chaleureux, manqua peut-être d’un poil de présence physique pour idéalement imposer son personnage.

Pour une fois c’est donc la fosse qui fit quelque peu défaut, car on n’y perçut quasiment jamais la vivacité et la richesse de nuances de cette magnifique partition. Le peps, le rebond permanent, l’irrésistible motricité de cette musique semblait franchement évaporée, la direction du chef semblant fonctionner par à coups, et ne retrouver de l’expressivité que dans les moments les plus explosifs. On peut dire que la valeur de ce spectacle est fondamentalement sur scène, avec de belles prestations vocales, une ensemble cohérent, une comédie qui fonctionne plutôt bien, même si elle réussit moins sa conclusion.

Crédit photographique : (Sir John Falstaff) / (Mrs Quickly), (Mrs Meg Page), (Mrs Alice Ford) et (Nannetta) © Opéra national de Paris, Mirco Magliocca