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Frédéric Antoun, révélation dans le Thésée de Gossec

On saluera avec la plus grande bienveillance ce très beau livre-disque qui donne enfin l’occasion de découvrir la mise en musique par d’un des plus beaux livrets de Quinault, déjà mis en musique par Lully plus d’un siècle auparavant. Réduit à quatre actes et privé des intrigues secondaires qui en compliquaient la trame, le texte ainsi raccourci et condensé atteste les traditionnels changements d’ordre esthétique et idéologique qui caractérisent le passage du baroque au néo-classique. La musique de Gossec, d’une redoutable efficacité dramatique, s’inscrirait davantage dans la lignée de la tragédie lyrique revue par Gluck, privilégiant de toute évidence l’utilisation dramatique du chœur, ainsi que le poids de la déclamation et la puissance du verbe sur le charme de la mélodie et la beauté du chant. Les interprètes de la création, Joseph Legros en Thésée, Henri Larrivée en Égée et Mademoiselle Duplant en Médée, comptaient d’ailleurs parmi les principaux artisans de la révolution gluckiste des années 1774-1779.

La décision de privilégier l’intelligibilité du texte sur la qualité purement vocale explique sans doute les choix de distribution opérés pour cet enregistrement, enregistré en novembre 2012 dans la foulée des représentations données à Versailles. Ainsi, si la prononciation des chanteurs est généralement sans défaillance, les timbres sont trop souvent dénués de charme et de fruité, à commencer par celui de , Églé bien pâle et bien fade. Et si le soprano de souffre d’encore plus d’acidité, ce défaut pourrait sans doute s’expliquer, du moins dans ce cas, par le souci de rendre Médée plus antipathique qu’elle ne l’est déjà. Mais tout cela ne sert en rien la tragédie. On appréciera en revanche la diction noble et châtiée du ténor franco-canadien , véritable révélation dans le rôle de Thésée. Une mention particulière également pour l’Égée de , bien chantant et bien caractérisé.

On louera bien entendu la belle direction de , très à l’aise dans ce répertoire à la charnière du néo-classicisme et des premiers feux du romantisme français. Sous sa baguette, l’ensemble sait rendre justice à une partition à l’orchestration parfaitement soignée, autant dans la peinture des tourments de l’âme que dans l’accompagnement noble et sobre des longs récitatifs qui émaillent l’ouvrage.
En somme, un enregistrement qui contribue lui aussi à notre meilleure connaissance de la vie musicale des dernières décennies du XVIIIe siècle français.