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Konwitschny et la Flûte enchantée à Stuttgart

En ce jour de Noël nous avons pu entendre des diffractions de la Flûte enchantée dans l’un des bastions de la mise en scène lyrique d’aujourd’hui.

, metteur en scène méconnu et souvent mal perçu en France, est l’une des figures artistiques les plus marquantes de l’histoire récentes de l’histoire récente de l’Opéra de Stuttgart, qui contrairement aux errances récentes de l’Opéra de Paris a su garder le cap d’une vision ambitieuse et créative des possibilités de l’opéra comme véritable théâtre musical.

Près de 10 ans après sa première, sa Flûte Enchantée est un des meilleurs exemples de cette continuité. Son travail se fonde sur deux positions de principe, la volonté de sortir la Flûte de la convention lénifiante du conte pour enfants et le souci de faire naître dans le public d’aujourd’hui les émotions primordiales que voulait susciter la pièce chez ses premiers spectateurs. Autant dire que le spectacle est l’inverse exact de celui proposé depuis 35 ans à Munich dont nous rendions compte récemment : sous la vénérable férule d’August Everding, les effets scéniques et les décors grandioses tenaient souvent lieu de mise en scène ; ici, au contraire, des décors d’une grande pauvreté entendent concentrer l’attention du spectateur sur une œuvre dont entend souligner – et valoriser – l’hétérogénéité et la diversité. C’est ainsi qu’au cours du second acte il fait du sublime trio des adieux une version de concert : Pamina est contrainte à se plier au rituel du concert, ce qui permet à Konwitschny de souligner la solennité du moment ; puis il transforme l’air de Papageno qui suit en un exubérant numéro de music-hall, à destination d’un public présent sur scène en miroir de celui qui assiste au spectacle : ce n’est sans doute pas du meilleur goût, mais, semble dire le metteur en scène, la distinction aristocratique n’est pas l’effet que visait Emanuel Schickaneder en écrivant ce rôle pour ses propres besoins.

Cette hétérogénéité voulue, avouons-le, est par moments dérangeante, d’autant que tous les numéros ne bénéficient pas d’une inspiration égale ; sans doute plusieurs visions seraient-elles nécessaires pour entrer dans la logique d’une mise en scène qui rompt tellement avec nos habitudes de vision ­– la compétence de Konwitschny n’étant ici pas en cause, lui qui a su donner une cohérence si fascinante à son Parsifal ou à son Tristan de Munich.

Musicalement, l’impression est plus partagée – on ne peut nier ici les limites inhérentes au système de troupe qui prévaut encore et toujours à Stuttgart. Outre le vétéran Heinz Göhrig, le seul à véritablement s’astreindre à la nécessaire discipline mozartienne est le baryton , qui ne s’en donne pas moins à cœur joie dans les scènes les plus débridées du spectacle. Dans une moindre mesure, (Sarastro), réussit avec sa basse bien charpentée à rendre compte de son rôle. Ni , qui réussit son second air bien mieux que le premier, ni , scéniquement comme vocalement trop gauche, ne convainquent totalement. La Pamina de , elle, séduit scéniquement dans ce personnage d’adolescente entre révolte boudeuse et aspirations supérieures, et la jeunesse de sa voix est un atout certain ; mais la précision musicale fait défaut, et on espère que les rôles annoncés pour elle à Stuttgart bénéficieront d’une préparation plus soignée. Les rôles secondaires donnent moins encore satisfaction, à commencer par les trois fois trois Enfants qui se succèdent – trois jeunes garçons et deux fois trois choristes femmes qui se partagent les différentes  interventions du trio.

La bonne surprise musicale de la soirée est à chercher dans la fosse. , directeur musical du petit Opéra de Kaiserslautern, propose une lecture allante et colorée de la partition, et l’orchestre, placé dans une fosse très surélevée, répond avec vivacité à ses impulsions.

Crédit photographique : A.T. Schaefer