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Tristan et Isolde de luxe à Munich ?

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Munich. Nationaltheater. 27-VII-2011. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Peter Konwitschny ; décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Ben Heppner (Tristan) ; René Pape (le roi Marke) ; Nina Stemme (Isolde) ; Alan Held (Kurwenal) ; Francesco Petrozzi (Melot) ; Ekaterina Gubanova (Brangäne) ; Kevin Conners (Un berger) ; Christian Rieger (Un pilote) ; Ulrich Reß (Un jeune marin). Chœur de l’Opéra d’État de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kent Nagano.

Surprise à la fin de cette représentation festivalière de Tristan, quand un homme que personne n’attendait vient saluer : , treize ans après la première de cette production, est venu lui rendre visite, et on peut supposer que les huées qui l’ont accueilli, mêlées de bravos tout aussi vigoureux, ne sont rien à côté de celles qu’il reçut alors.

Cette production connue depuis des années par le DVD, a pourtant de quoi enthousiasmer. Il faut faire un sort à l’étiquette de provocateur qui colle à  : elle n’est – comme souvent – qu’une ânerie inventée par des fanatiques qui ne pardonnent pas à un metteur en scène de mettre en pièces leurs certitudes et tout le mysticisme frelaté qui entoure les opéras de Wagner en général et Tristan en particulier. Son objectif pour Tristan est de le rendre à sa puissance amoureuse, délivrée des effluves morbides hérités de la tradition ; on ne peut s’empêcher de comparer la modernité de cette vénérable production avec les platitudes de la récente mise en décors de à Lyon. Il construit pour cela, sur la vaste scène du Nationaltheater, une cage scénique réduite, peu profonde, avec une ouverture carrée : presque tout va s’y dérouler, dans des décors colorés et radieux ; mais, devant le vaste cadre de scène noir, un proscénium accueille, à quelques moments essentiels du drame, le couple en rupture avec le monde des faux-semblants. Tristan mort y attend Isolde, qui l’y rejoint pour son monologue final : ainsi réunis dans une mort dénuée de tout tragique, ils n’ont qu’à refermer le rideau de la scène et s’en aller main dans la main. Quand le rideau se rouvre, les deux survivants, Brangäne et Marke, se tiennent devant deux blancs cercueils : tant pis pour ceux qui restent.

Sans doute n’y a-t-il rien de surprenant qu’une telle représentation de luxueuse routine ne soit pas capable de présenter cette mise en scène fraîche comme au premier jour, la brièveté des répétitions, fût-ce avec Konwitschny lui-même, expliquant les nombreuses baisses de tension dans le jeu des acteurs ; mais la grande pertinence des structures mises en place par le metteur en scène suffit amplement à rendre passionnant le spectacle tel qu’il est.

Musicalement, la représentation avait tout pour enthousiasmer, mais malgré la palette de talents réunis par l’Opéra de Bavière, il lui aura manqué l’étincelle qui a fait si souvent que les bords de l’Isar, en matière wagnérienne, ont fait oublier les prétentions de certaine colline sacrée de la province franconienne. Les applaudissements du public ne l’ont du reste pas laissé ignorer : si les protagonistes principaux sont tous accueillis chaleureusement, seul enflamme véritablement la salle, ce que justifie amplement un timbre toujours royal et un admirable sens de la déclamation tragique. Presque au même niveau, Ekaterina Gubanova, qui avait chanté ce rôle il y a quelques années à Paris à l’invitation de Gerard Mortier, manque simplement d’un peu plus de variété expressive ; c’est aussi le cas du Kurwenal passe-partout d’, qui n’offre pas les mêmes séductions.

Pour le couple-titre de l’opéra, on aurait parié qu’il y aurait un fossé entre une soprano au faîte de sa gloire et un ténor en lutte depuis des années avec sa voix : au contraire, et se sont retrouvés à un niveau moyen étonnamment homogène. La lutte entre Heppner et sa voix n’est pas achevée, sans doute : elle lui fait défaut à plusieurs reprises et s’élargit en un son d’une rare laideur quand elle arrive au bout de ses possibilités ; malgré tout, la prestation d’ensemble est d’une belle solidité et, à défaut de véhiculer beaucoup d’émotion, reste encore vaillante pour les défis du 3e acte. , elle, n’a pas un tel combat à mener, mais on est surpris par le manque de volume de la voix, à l’exception de ses interventions du dernier acte, et la beauté instrumentale certaine de la voix ne fait pas oublier la placidité de son interprétation, a fortiori pour les monologues du premier acte où on attend colère, ironie mordante, humour glaçant, puissance narrative.

, désormais unanimement ovationné par le public, emmène son orchestre, peut-être le meilleur du monde dans ce répertoire, sur une voie qui est finalement très proche de celle de Konwitschny, à qui il rend d’ailleurs un hommage très appuyé aux saluts : point de brumes romantiques, point d’alanguissements morbides, point de culte du son pour lui-même ; en échange une approche dynamique, théâtrale, qui n’a pas pour ambition de révolutionner l’interprétation wagnérienne, mais de rendre Wagner à une sorte de simplicité originelle. Peut-être une touche un peu plus personnelle n’aurait-elle pas nui, mais le pari est réussi.

Photos © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 27-VII-2011. Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, opéra en trois actes sur un livret du compositeur. Mise en scène : Peter Konwitschny ; décors et costumes : Johannes Leiacker. Avec : Ben Heppner (Tristan) ; René Pape (le roi Marke) ; Nina Stemme (Isolde) ; Alan Held (Kurwenal) ; Francesco Petrozzi (Melot) ; Ekaterina Gubanova (Brangäne) ; Kevin Conners (Un berger) ; Christian Rieger (Un pilote) ; Ulrich Reß (Un jeune marin). Chœur de l’Opéra d’État de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kent Nagano.

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