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Otello de Rossini – défi relevé par Bartoli et Osborn

Pour un théâtre, programmer l’Otello de Rossini, relève de la gageure. Tout d’abord, il faut disposer de trois ténors capables de rendre justice aux prouesses vocales de l’écriture rossinienne – sans pour autant ressembler trop l’un à l’autre. Puis, il faut un metteur en scène capable de gommer les nombreuses ruptures dramaturgiques de l’œuvre. Sans parler de l’ombre de Verdi qui, à tout moment, plane sur l’entreprise…

La production filmée à l’Opéra de Zürich en mars 2012 – et montrée entre-temps, avec une distribution légèrement différente, à Paris – relève le défi. Les trois ténors, d’abord, y sont. possède tous les atouts indispensables au rôle-titre: graves nourris, médium puissant et un aigu facile et arrogant. Doté d’un timbre plus clair et légèrement métallique, est un Iago méchant à souhait. enfin – voix veloutée, vocalises déliées, suraigu décoiffant – fait de Rodrigo un héros romantique. S’il participe à l’intrigue de Iago, s’il attaque Otello, c’est par amour pour Desdémone. Celle-ci trouve en une interprète de premier rang. Parfaitement à l’aise dans cette tessiture ambiguë, mi-mezzo, mi-soprano, elle triomphe des vocalises périlleuses du finale II avant de nous toucher dans une romance du saule profondément habitée. Parmi les rôles secondaires, soulignons la belle voix chaude de en Emilia et l’Elmiro puissant de . , au pupitre d’un brillant de tous feux, s’avère un excellent chef rossinien, tour à tour énergique ou élégiaque, détaillant avec finesse les richesses instrumentales de l’orchestration.

Et la mise en scène ? On peut juger gratuite la transposition de l’action dans les années 1960, on peut ne pas aimer les décors souvent laids, notamment cette auberge dégradée où réside Otello. La caractérisation des personnages et la direction d’acteur, en revanche, forcent le respect. Points de gestes vides, de bras ouverts sans raison, de mains portées pathétiquement sur la poitrine. Au contraire : même dans les airs les plus longs où rien ne s’y passe et le texte est répété pour la dixième fois, le jeu des chanteurs reste crédible. C’est déjà beaucoup…