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L’évidence de Cosi fan tutte par Gilles Bouillon et Jean-Yves Ossonce

Pour cette nouvelle production de Cosi fan tutte à l’Opéra de Tours, a fait appel à son fidèle complice, . Il en a résulté, comme souvent avec ces deux maîtres d’œuvre, un spectacle abouti avec, pour le spectateur, le sentiment d’un réel travail d’équipe.

ne vise pas la relecture mais s’efforce de fluidifier le déroulement de l’ouvrage et de mettre en évidence les sentiments des personnages. Dans un astucieux décor unique évoquant une villégiature au bord du lac de Côme au milieu du 20e siècle, il réalise un travail minutieux de directeur d’acteurs qui rend crédibles les espoirs et les tourments du quatuor d’amoureux.

Le résultat est d’une évidence absolue et parsemé de traits comiques mais jamais triviaux, comme lorsqu’il évoque l’engagement des jeunes officiers dans la marine. Surtout, il sait nous rappeler, comme peu l’ont réussi avant lui,  que les deux sœurs ont quinze ans et connaissent peu de choses de la vie, la puérilité de leur réaction à l’annonce du départ de leurs fiancés en  témoigne brillamment.

La réussite du spectacle repose également sur l’investissement d’une très bonne équipe de chanteurs-acteurs. tire Don Alfonso vers le bouffe  plus qu’il n’est généralement d’usage mais campe un manipulateur virtuose dont la voix cependant semble s’être opacifiée et tend à s’effacer dans les ensembles. Sa complice est interprétée par avec autant d’allant scénique que de drôlerie dans ses travestissements. , très à l’aise sur scène, monte en puissance vocalement au fil de la représentation  et emporte l’adhésion même si Un aura amorosa aurait pu être abordée avec davantage de poésie. Le Guglielmo sonore d’ confirme les espoirs placés en ce jeune chanteur.

Ce sont toutefois les deux sœurs qui suscitent l’enthousiasme par l’harmonie des timbres, la proximité des silhouettes juvéniles et la vérité du jeu. La brune , qui nous avait conquis par son ardente interprétation de l’Aiglon en 2013, affiche à nouveau un tempérament scénique hors pair et un mezzo des plus chatoyants. La blonde n’est pas en reste : belle à croquer, bonne comédienne et se jouant des périls du rôle avec une fraîcheur de timbre et une aisance technique remarquables : Per pieta est un réel instant de grâce. Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour prédire un bel avenir à ces deux séduisantes et talentueuses cantatrices.

La réussite n’aurait pas été complète sans la contribution orchestrale. impose une lecture classique et parfaitement équilibrée, totalement à l’écoute du plateau et jouant des généreuses sonorités d’un orchestre toujours aussi complice et virtuose. Nous n’oublierons pas , chef d’un chœur très discipliné et assurant au pianoforte un fort spirituel continuo.

Crédit photographique : (Guglielmo) (Ferrando) (Dorabella) (Fiordiligi) © François Berthon

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