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Macbeth au cœur des ténèbres

Le Macbeth de Verdi s’inscrit explicitement dans la lignée des lectures romantiques qui font du théâtre élisabéthain la toile de fond d’un imaginaire à fleur de peau. Le Théâtre des Champs-Élysées nous en propose une nouvelle production. 

livre une vision efficace et sans réelle surprise, un Macbeth entre costumes d’époque et épure moderniste des décors. Cet entre-deux prudent laisse entrevoir lors des séquences vidéo, le potentiel qui aurait pu s’en dégager. Autre rendez-vous esquissé et esquivé : La thématique du double se résume à l’impressionnant immense (et fugace) miroir dans lequel se reflètent les protagonistes et le public. En revanche, les lumières de savent plonger la scène dans une pénombre inquiétante, privilégiant une intimité entre le spectateur et les situations scéniques. Ces moments nocturnes mettent idéalement en valeur la perturbation psychologique et la descente aux enfers du couple royal : l’apparition hallucinée du poignard, Lady Macbeth seule dans sa folie ou encore la forêt de Bimam qui marche… En ajoutant les deux scènes des sorcières, on obtient les moments les plus remarquables de cette production… laissant loin derrière l’inutile et bruyante présence des chevaux, ou encore ce défilé au pas de l’oie précédant l’entrée du roi Duncan.

Dans son ensemble, le plateau vocal trouve par le théâtre et le soin apporté au texte, les moyens scéniques de briller et de capter l’intérêt. Sans chercher à mettre en danger des moyens somme toute modeste, déplace idéalement son Macbeth dans une étonnante approche dépressive, reflet d’un accablement moral et de l’acceptation de son destin. La Lady Macbeth de affronte les crêtes redoutables de son Una macchia è qui tuttora avec un instrument étroit mais suffisamment précis pour atteindre le contre-ré bémol sans les habituelles trémulations censées marquer une expression tragique. On regrette que le livret ne laisse pas davantage de place à (Banquo) pour prendre la mesure réelle d’une voix qui semble prometteuse. Les interventions du Malcom de et de la Suivante de s’effacent devant les trois minutes de la déploration de Macduff (Ah la paterna mano), brillamment interprétée par .

La direction de donne appui et liant à cette galerie de portraits un peu hiératiques. Capable de faire claquer des cuivres belliqueux ou de noyer dans le velours épais des cordes une œuvre qui menace par moments de remplacer l’action par l’introspection psychologique, le chef italien démontre ici un instinct remarquable et une attention à maintenir la tension dramatique. Son Verdi n’a rien de la ferblanterie trépidante que certains confondent avec une palette rythmique. C’est certainement dans les massifs sonores les plus étoffés que son geste prend le plus de sens, atteignant à l’épaisseur psychologique d’un son d’orchestre conçu non comme écrin mais davantage comme ombre portée et fond réflexif entre fosse et plateau. Du grand art.

Crédit photographique : Vincent Pontet