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Début du jubilé de Jean-Yves Ossonce à Tours

Dix jours après l’annonce surprise de la démission de , directeur de l’opéra et de l’orchestre pour la fin de la saison 2015-2016, la musique reprend ses droits avec une reprise réussie de Madama Butterly.

Au delà des qualités de sa présentation, pourquoi reprendre cette production datant de 2001 et déjà rejouée in loco en 2006 ? La présence d’, cantatrice dont la carrière s’est essentiellement construite à l’étranger et qui a interprété le rôle titre à plus de cent reprises, en est sans doute le motif. S’appuyant sur un instrument arrivé à pleine maturité, une technique accomplie et une musicalité certaine, elle ne fait qu’une bouchée du rôle et remporte un beau succès personnel dans « Un bel di vedremo ». Nous n’entendons cependant aucune fragilité chez cette jeune japonaise mais une détermination sans faille. A sa hauteur s’élève le subtil Sharpless de , lucide et compatissant, véritable modèle d’élégance vocale et scénique, qui s’affirme décidément comme l’un des meilleurs barytons d’école française du moment.

Le troisième vainqueur de la soirée est , qui livre une version résolument hédoniste de la partition sans sacrifier toutefois l’équilibre sonore. Comment oublier par exemple l’extrême sensualité des cordes pendant le chœur du premier acte ou le soin apporté à chaque trait orchestral ? La longue complicité avec l’orchestre, une nouvelle fois impeccable, permet un résultat étonnant, que complète la prestation exemplaire des chœurs, dont le nouveau chef, , a brillamment réussi son examen d’entrée.

Nos satisfactions s’arrêtent en revanche ici, car la Suzuki de ne démérite pas plus qu’elle ne retient l’attention, tandis que les seconds rôles sont plutôt moyens à l’exception d’Antoine Normand, qui campe avec métier un Goro cauteleux à souhait. Les choses se compliquent avec Avi Klemberg, ténor honnête, mais qui ne possède ni l’italianité du timbre ni la vigueur de la projection attendus dans l’emploi. Le volume lui fait aussi défaut lorsqu’il s’agit de passer les tutti orchestraux. En dépit de quelques beaux passages au dernier acte, il ne parvient pas à se hisser à la hauteur de ses partenaires.

Dans un dispositif minimaliste dominé par le bleu, s’appuie sur ses habituels atouts – la compréhension des personnages, une direction d’acteurs méticuleuse et les subtils éclairages de Marc Delamézière – pour faire ce qu’il réussit le mieux : raconter simplement une histoire et dresser un beau portrait féminin. La chaleur des saluts ne nous laisse pas dupes : au delà d’un spectacle intègre, le public tourangeau a voulu adresser à Jean-Yves Ossonce un profond et sincère témoignage d’estime et de reconnaissance.

Crédit photographique : Anne-Sophie Duprels (Cio-Cio-San) © François Berthon