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Tannhäuser mis en scène et chorégraphié par Sasha Waltz

Si la mise en scène controversée de ne convaincra pas tout le monde, la qualité musicale de ces exceptionnelles soirées berlinoises devrait rallier tous les suffrages. Chapeau bas, en tout cas, à , et .

Filmée au Schiller Theater de Berlin en avril 2014, cette nouvelle mise en scène d’opéra de tente, avec plus ou moins de bonheur, d’intégrer à l’action dramatique de nombreux passages dansés ou chorégraphiés. L’acte I, qui dans la version de Paris fait de toute manière appel au ballet, se prête plus naturellement à cette tentative, Venus et Tannhäuser n’ayant aucun mal trouver leur place au sein de la bacchanale située dans une sorte de conque supposée figurer la grotte. Plus discutable peut-être est la fin de l’acte, lorsque les chasseurs de la Wartbug sautillent de joie au moment des retrouvailles avec leur compagnon. Au deuxième acte, la gestuelle des invités au concours parodie allègrement l’artificialité et l’hypocrisie d’une société en prise avec les contradictions de ses différents codes, mais on n’en apprécie pas moins la beauté des costumes 1950, ainsi que celle d’un époustouflant décor fait d’une série de minces troncs d’arbres suspendus à des tringles. Le troisième acte, avec ses sublimes éclairages, est peut-être le plus réussi de tous, les gestes lascifs des adeptes de Venus ne suscitant pas la satiété et l’écœurement sexuels de ceux du premier acte.

Sur le plan musical, le plateau est très nettement dominé par les voix masculines, même si est une Elisabeth à la voix saine et solide, et une Venus pulpeuse et voluptueuse à souhait mais aux aigus quelque peu tirés. Le plus beau chant émane sans doute de la part de , au phrasé royal dans le rôle trop bref du Landgrave de Thuringe. touche lui aussi à l’idéal dans son incarnation d’un Wolfram blessé et brisé dans son amour et dans son sacrifice. Après tant d’années passées à défendre le rôle sur toutes les scènes de la planète, est un Tannhäuser encore tout à fait crédible vocalement et même scéniquement. Son chant lyrique, allié à un instrument désormais résolument héroïque, en fait indubitablement le meilleur titulaire actuel du rôle – on attend Kaufmann, bien sûr – et Sasha Waltz a su habilement faire avec la corpulence du chanteur dans les scènes les plus érotiques. Au troisième acte, le retour d’un héros défait et vieilli est en tout cas véritablement bouleversant. Dans la fosse, renouvelle à chaque instant une partition dont il fait ressortir les multiples richesses. Chœur, orchestre et rôles secondaires contribuent largement à la qualité exceptionnelle de cette réalisation.