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Lieder de Heine par les chanteurs de l’Atelier lyrique

Les chanteurs de l’Académie de l’Opéra national de Paris interprètent des lieder sur des poèmes de Heine. Fruit d’une master class avec , ces deux soirées sont une sorte d’audition de qualité inégale, mais avec quelques beaux moments.

On sait que l’arrivée de Stéphane Lissner a sonné le glas des belles « Convergences » qui faisaient de l’amphithéâtre Bastille le rendez-vous des amateurs de la mélodie et du lied (par exemple ces soirées Wolf et Britten). Pour être franc, ce ne sont pas les chanteurs de l’ qui vont rappeler ces grandes heures. Car lorsque le lied est donné sans un style adéquat et sans une très bonne diction, il devient une expérience assez déplaisante. Les trois quarts du programme Schumann sont chantés avec des effets si gros qu’on en est gêné. Ce sont plutôt de belles voix et de bons pianistes, mais ce n’est pas du tout ça. Deux chanteurs émergent, par la sobriété et la précision : et . Leurs moyens sont plus limités, mais c’est ici sans importance. Il savent dire les textes de Heine pour en rendre la saveur particulière. La première évoquerait même, par la pureté du timbre et le soin du phrasé, le souvenir de Gundula Janowitz.

La première soirée a au moins le mérite de faire entendre un échantillon assez varié du répertoire romantique : Liszt, Mendelssohn, Brahms, Strauss, Schubert. On aurait pu ajouter Loewe et Wagner, qui ont aussi mis Heine en musique, et, pourquoi pas, Tchaïkovski, Rimsky-Korsakov ou Delius, qui auraient peut-être été moins difficiles à prononcer pour certains chanteurs. Dans l’ensemble, certaines interprétations sont dramatiques et démonstratives, sans doute plus adaptées à l’opéra qu’à des lieder : ainsi poussant un peu trop la voix en Atlas (Schubert) ou (le Tarquinius du Viol de Lucrèce à l’Athénée), au timbre un peu uniforme dans les pièces d’ ; le ténor Yu Shao est beaucoup plus retenu et tout à fait prenant dans Schubert. Chez les voix féminines, la colorature donne une version charmante, manquant encore un peu de profondeur, et légère face au piano, chez Mendelssohn (Auf Flügeln des Gesanges). Ce sont la soprano et la mezzo-soprano et qui nous offrent les meilleurs moments : la première, articulant distinctement, à la voix claire et nuancée, nous séduit dans Mes chants sont empoisonnés et die Lorelei de Liszt ; la seconde offre une voix ronde et chaude (délicatement accompagnée par le pianiste Yoann Héreau), qui convient à l’atmosphère nocturne des quatre pièces de Brahms.

Crédits photographiques : © Mirco Magliocca