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L’Opéra de Paris honore enfin Britten

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Paris. Amphithéâtre Bastille. 17-I-2015. Benjamin Britten (1913-1976) : Canticles I-V ; Suite pour harpe seule, op. 83 ; Nocturne pour piano. Cyrille Dubois, ténor ; Xavier Sabata, contre-ténor ; Stéphane Degout, baryton ; Emmanuel Ceysson, harpe ; Vladimir Dubois, cor ; Anne Le Bozec, piano.

Lafotogràfica 138Les cinq Canticles de Britten n’ont pas à se plaindre d’une discographie déficiente, parce que l’œuvre n’a cessé de fasciner les musiciens Outre-Manche et ailleurs, mais leur réception par le public mélomane est toujours restée plus confidentielle : il est heureux que l’Opéra de Paris ait eu l’idée de les faire découvrir au public français.

Et aussi en ayant l’audace de programmer un deuxième concert le lendemain de celui auquel nous avons assisté. Audace payante, d’ailleurs : en ce samedi soir, l’Amphi Bastille est plein comme rarement, et justement enthousiaste à la fin du concert.

Nés un par un entre 1947 et 1974, accompagnés par le piano, la harpe ou un duo piano et cor, les cinq Canticles possèdent néanmoins une étonnante unité, qui tient sans doute à la personnalité de leur créateur Peter Pears, mais aussi à la parenté sous-jacente qui unit les textes utilisés : seul le deuxième, tiré du mystère médiéval de Chester, est un dialogue directement inspiré de la Bible, mais l’inspiration biblique est sensible dans chacun d’eux, sous la plume d’un poète élisabéthain en imitation du Cantique des Cantiques ou de poètes contemporains. Britten, admirable coloriste d’orchestre dans ses opéras, crée ici avec des moyens beaucoup plus modestes une atmosphère d’ardente ferveur, à la fois austère et éloquente, qui est la plus belle qualité de l’écriture vocale de Britten.

C’est à une distribution presque entièrement française qu’a été confié ici le soin de défendre cette œuvre : le ténor qui a la lourde charge de dire l’essentiel des textes, , ne laisse rien désirer en termes de diction, à la fois idiomatique, précise et souple ; sa voix n’a pas la lumière naturelle de la grande lignée des ténors britanniques, de Peter Pears à Mark Padmore, mais son timbre plus rugueux et plus sombre apporte un autre éclairage, plus dramatique sans doute, qui ne fait finalement que souligner la richesse de l’œuvre ­– la lumière, après tout, on peut la trouver dans la voix de , ici admirable. est une accompagnatrice discrète et efficace, et les deux musiciens de l’orchestre de l’Opéra trouvent dans la partition de Britten une belle occasion de faire valoir, en toute sobriété, leurs qualités solistes et chambristes. Le harpiste et ont aussi en charge les œuvres solistes qui jouent le rôle d’intermèdes entre les Canticles : leur talent n’est pas en cause, mais ce choix de programmation peut-être nécessaire pour le repos du ténor est assez mal venu, car il rompt l’admirable continuité d’un chef-d’œuvre au long cours.

Photo : (c) La Fotogràfica/Parnassus Arts Productions

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Paris. Amphithéâtre Bastille. 17-I-2015. Benjamin Britten (1913-1976) : Canticles I-V ; Suite pour harpe seule, op. 83 ; Nocturne pour piano. Cyrille Dubois, ténor ; Xavier Sabata, contre-ténor ; Stéphane Degout, baryton ; Emmanuel Ceysson, harpe ; Vladimir Dubois, cor ; Anne Le Bozec, piano.

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