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Les Arts Florissants : transmission haut de gamme

Un disque de plus que cette parution des Arts Florissants et son accroche de crossover « Bien que l’amour… » ? Oui et non.

Premier volet d’une nouvelle collection Harmonia Mundi, ce disque plein jusqu’à la lie est un enchantement sonore. Et même si l’on préférerait voir la distribution idéale réunie ici ressusciter un opéra dormant de Cavalli, au lieu de réinterpréter des pièces que le même éditeur avait pour partie à son catalogue dès 1982, l’on peut comprendre que a eu à cœur de rendre compte de l’excellence tant vocale qu’interprétative à laquelle il est parvenu après plus de 30 ans passés à rendre à la France la somptuosité d’un pan de son répertoire. Le quintette de chanteurs qu’il accompagne au clavecin, en compagnie de deux violons, d’une viole de gambe et d’un théorbe de luxe, sont tous issus des différentes éditions de son cher Jardin des Voix : les moins connus (, Anna Rheinhold) n’ont rien à envier aux plus confirmés (, , ) et confirment l’idée qu’on n’a peut-être jamais aussi bien chanté qu’aujourd’hui et surtout qu’est close l’ère du débat qui taclait de mode l’interprétation baroque. , irrigué par la sève d’une jeunesse à laquelle il transmet sa vibrante passion, a peaufiné son interprétation : ses Arts Florissants et lui-même n’ont jamais aussi bien joué. Chaque syllabe se voit radiographiée, la prononciation XVIIe siècle est enfin naturelle (glouère pour gloire, ouaiseauxes pour oiseaux,…). La prise de son, d’une exceptionnelle intimité, est transcendante.

Le disque est sous-titré Airs sérieux et à boire : signalons tout de même qu’au contraire du truculent disque Purcell de Deller Chansons de tavernes et de chapelles, chez Harmonia Mundi déjà, il y a tromperie sur la marchandise, au vu de la part du lion taillée par l’élégie.
, auteur de 8 dizaines d’airs de cour tous mélancoliques, assure 12 numéros des 20 titres choisis et donne le ton d’un disque où, hormis l’Epitaphe d’un paresseux, ou encore l’hilarant Intermèdes nouveaux du mariage forcé de Charpentier/, on ne rira guère, le bref Ayant bu du vin clairet de Marc-Antoine s’avérant bien grêle pour justifier à lui seul ce sous-titre de l’album. Mais on s’épanchera avec délice. Les morceaux les plus captivants, à l’instar de l’étonnant passage médian des Pèlerines de Couperin, sont des révélations : qui connaît Joseph Chanceau de La Barre et sa passacaille effleurée Quand une âme est bien atteinte, ou encore Honoré d’Ambruys et la chaconne murmurée de son Doux silence de la nuit, confidence ensorcelante dont fait le joyau de l’album. Une fois encore : Bravo Mister William. Merci Monsieur Christie.