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Yehudi Menuhin en Amérique

Dans le cadre du centenaire de (1916-1999), et avec ses 6 CDs, ce petit coffret Sony-RCA consacré à l’un des plus purs musiciens du XXe siècle, n’a certainement pas l’envergure des 80 CDs et 11 DVDs de l’édition exhaustive Warner Classics « The Menuhin Century », mais il la complémente à merveille, en des transferts impeccables, avec notamment les toutes premières et miraculeuses gravures du maître, accomplies en mars-avril 1928, à l’aube de ses 12 ans !…

C’est (1887-1966), élève d’ puis de , ensuite premier violon de l’Orchestre Philharmonique de Berlin puis de l’Orchestre Symphonique de San Francisco, et de plus excellent pianiste, qui éveilla le sens musical prodigieux et la phénoménale virtuosité d’un petit Yehudi de 6 ans. Les progrès du garçon, fulgurants, amènent ce dernier à donner son tout premier récital à San Francisco, le 30 mars 1925, avec l’accompagnant au piano. Il aura toujours une profonde affection pour son premier professeur. La consécration survient ensuite à New York après un récital en janvier 1926, où il reçoit 11 propositions de concert que ses parents auront la sagesse de décliner. De retour à San Francisco pour continuer ses études, le jeune Yehudi fait sa première apparition avec orchestre en mars 1926, en l’occurrence l’Orchestre Symphonique de San Francisco sous la baguette de Persinger. La même phalange, cette fois dirigée par Alfred Hertz, l’accueille encore en novembre 1926 devant onze mille auditeurs enthousiastes !…

C’est dans cette ambiance exaltante que « Master  » – comme indiqué sur les étiquettes des 78 tours originaux – accomplit ses miraculeuses premières gravures américaines RCA-Victor où la sonorité du violon est déjà de l’or le plus pur : toujours fidèlement accompagné avec affection par son « maître bien-aimé » Louis Persinger, les sessions d’enregistrement de mars-avril 1928 et février 1929 le voient égrener avec aplomb ces petites pièces alors si populaires, car convenant idéalement à la durée du disque de l’époque, certains de leurs compositeurs par ailleurs plutôt oubliés de nos jours (Joseph Achron, Jesús de Monasterio, Franz Ries, Gustav Sänger, José Serrano…)

Hormis sa légendaire collaboration avec Wilhelm Kempff (1895-1991) dans les Sonates pour violon de Beethoven pour Deutsche Grammophon, Menuhin restera fidèle toute sa vie à l’étiquette du petit chien terrier Nipper, s’installant sur l’ancien continent et gravant ses premiers disques His Master’s Voice (HMV) dès novembre 1929, début d’une collaboration merveilleusement et fructueusement abondante. Ce n’est qu’à partir de décembre 1944, revenant à la filiale américaine de HMV, son art ayant entretemps mûri, qu’il grave ses derniers disques RCA-Victor, notamment une extraordinaire Sonate pour violon et clavier n°3 en mi majeur BWV 1016 de Johann Sebastian Bach, seule collaboration avec l’incomparable claveciniste (1879-1959) qui rend caduque toute considération « baroqueuse », tant l’interprétation est d’une exceptionnelle lumière et richesse intérieure.

Puis en janvier 1945 ce sont les fabuleuses premières gravures concertantes américaines sous la baguette attentive de  : avec qui fut un pionnier à cet égard, Menuhin fut l’un des tout premiers à graver une énergique Symphonie espagnole op. 21 d’Édouard Lalo dans l’intégralité de ses cinq mouvements, tandis que le Concerto pour violon en sol mineur op. 26 de Max Bruch ne sera surpassé dans son lyrisme à fleur de peau que dans la version du 18 janvier 1951. Par ailleurs, quelle excellente idée d’avoir couplé en un même CD l’exceptionnelle première discographique mondiale Menuhin – Doráti (16 janvier 1946) du Concerto pour violon n°2 de avec sa Sonate pour violon et piano n°1, ici interprétée le 29 décembre 1947 par Yehudi Menuhin et Adolph Baller, ces deux musiciens mêmes qui l’avaient jouée en novembre 1943 en présence de Bartók, ce qui avait fait dire au compositeur : « Je ne pensais pas que l’on pût jouer ainsi la musique d’un compositeur, sinon bien longtemps après sa mort… »

C’est aussi le Polonais Adolph Baller qui le 11 novembre 1949 nous offre ce délicieux moment de musique de chambre en compagnie de Yehudi Menuhin, dans ces adorables Sonatine pour violon et piano n°1 en ré majeur et Sonate pour violon et piano en la majeur de Schubert, où aucune reprise n’est omise (une rareté en 78 tours !) De même, les deux Sonates pour violon et piano les plus célèbres de Beethoven – « Le Printemps » et « À Kreutzer » – connaissent ici probablement la version la plus aboutie du tandem Yehudi – Hephzibah Menuhin, pourtant curieusement inédite jusqu’ici (30 et 31 décembre 1949). Et bien sûr, n’oublions pas ce Concerto pour violon et cordes en ré mineur du tout jeune Mendelssohn, ressuscité et créé en public le 4 février 1952 au Carnegie Hall par Yehudi Menuhin que nous découvrons ici également en tant que chef d’orchestre en cette session finale d’enregistrement du 6 février 1952 pour RCA-Victor, fonction qu’il approfondira bien plus tard au crépuscule de sa vie.