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Henry Merckel, modèle français d’intégrité musicale

À emporter, CD, Musique symphonique

Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Concerto pour violon n°3 en si mineur op. 61 ; Danse Macabre op. 40. Edouard Lalo (1823-1892) : Symphonie Espagnole op. 21 ; Intermezzo du Concerto Russe pour violon op. 29. Henry Merckel, violon. Orchestre des Concerts Pasdeloup, direction : Piero Coppola. Orchestre Symphonique, direction : Philippe Gaubert (Danse Macabre). 1 CD Music & Arts CD-1178. AAD. Enregistré d’avril 1930 à juin 1935. Notices bilingues (français, anglais) excellentes, de Jean-Michel Molkhou. Durée : 68’35’’

 

Le violoniste français ne nous est certes pas inconnu, puisqu’un bel album Artone consacré à l’art de Charles Münch nous l’a révélé dans un rare enregistrement de la Sérénade Concertante pour violon et orchestre de Marcel Delannoy, gravée en juillet 1941.

Cette production du label américain Music & Arts qui lui est entièrement consacrée nous le propose cette fois dans des œuvres bien plus connues de Saint-Saëns et Lalo. En 2002, le label japonais Opus Kura nous avait déjà offert un programme absolument identique de ces mêmes gravures 78 tours, hormis cet Intermezzo du moins célèbre Concerto Russe pour violon de Lalo, qui constituait la face complémentaire finale à l’enregistrement du Concerto pour violon n°3 de Saint-Saëns. C’est d’ailleurs grâce à la courtoisie d’Opus Kura que Music & Arts a su publier la copie même de l’éditeur japonais de la Danse Macabre, dans cette version célèbre dirigée par , version que l’on retrouve par ailleurs dans la magnifique compilation Gaubert chez Alpha.

Il convient de souligner que fut le tout premier à révéler la Symphonie Espagnole de Lalo en ses cinq mouvements intégralement au disque, et que cette « audace » fut très justement récompensée par le Prix du Disque Candide en 1934. Mais cela ne suffirait pas si son jeu n’était constamment admirable, d’une sonorité fine et ardente, toujours allié à cette élégance si typiquement française, surtout à cette époque : s’il fallait comparer Merckel à d’autres violonistes plus connus, nous dirions qu’il associe l’expression chaleureuse et vibrante d’un Zino Francescatti à la distinction subtile et racée d’un Arthur Grumiaux, qualités fondues dans une synthèse idéale.

Henry Merckel (1897-1969) fut un artiste dont la grande modestie n’avait d’égale que la haute exigence de son art. Tout en menant une carrière de soliste, il fit partie de l’Orchestre des Concerts Straram, puis devint violon solo de 1930 à 1935 à l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, et de 1930 à 1960 à l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra. Il créa des œuvres de Jean Hubeau, Jean Rivier et Florent Schmitt, et un éditeur discographique (français ?…) serait bien inspiré de republier également ses divers enregistrements de Bach, Beethoven, Bozza, Fauré, Hindemith, Honegger, Hubeau, Martinon, Massenet, Mendelssohn, Ravel, Sarasate, Schumann, qu’il nous a légués.

Les transferts réalisés par Philippe Deveraux sont admirables de pureté sonore, et ont débarrassé ces vieilles cires de tous ces crépitements indésirables qui entachaient la production Opus Kura. Même s’il est incompréhensible que la mise en CD de Music & Arts ait fâcheusement introduit, entre mouvements des œuvres concertantes, un silence absolu, brutal et frustrant de deux secondes, alors que Philippe Deveraux en avait soigneusement assuré la continuité du bruit de fond, ce disque est un témoignage absolument indispensable de l’art de l’un de nos plus fins musiciens, en une réalisation que l’on peut qualifier de référence définitive.

Un dernier détail : la Danse Macabre de Saint-Saëns est bien exécutée par un Orchestre Symphonique anonyme (sans doute pour des raisons contractuelles) sous la baguette de (tous deux non crédités sur le CD), et non par l’Orchestre des Concerts Pasdeloup sous la direction de .

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