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Action de grâces à l’Opéra Comique pour Miranda d’après Purcell

Comment faire du neuf avec du vieux ? D’après cette première de Miranda à l’Opéra Comique, (direction musicale), (mise en scène) et Cordelia Lynn (livret) ont bien trouvé la formule magique pour une création lyrique prenante de bout en bout.

Ce dramatic opera a effectivement été conçu sur la base d’une sélection judicieuse de nombreux extraits d’œuvres scéniques méconnues d’ mais pas que, puisque quatre pièces de , une pièce de Jeremiah Clarke (Ode on the Deatth of ) et un motet d’ (Drop, drop, slow tears) font également parties de la programmation. Autour de cela, la librettiste Cordelia Lynn et la metteuse en scène créent un drame inspiré de The Tempest basé sur un personnage initialement secondaire dans l’œuvre de Shakespeare, qui devient au centre de ce nouvel ouvrage lyrique. N’était-ce pas le même procédé qui avait été réalisé – avec succès – par l’ dans le dernier coffret Stravaganza d’amore ! ?

Une adaptation libre de l’œuvre de Shakespeare sous la forme d’un semi-opéra composé par Purcell, les exemples ne manquent pourtant pas : King Arthur or the British Worthy (1691) et The Fairy Queen (1692) sont des œuvres bien connues. D’ailleurs, le compositeur avait également participé à la musique de scène de The Tempest en 1690. Mais alors, pourquoi cette démarche en 2017 ?

Sur papier, on pourrait penser que tout cela est justifié par la difficulté de mettre en scène des semi-opéras. Mais en pratique, la démarche est résolument dans l’ère du temps : les spin-off ne se focalisent-ils pas sur un (ou plusieurs) personnages d’une précédente série télévisée pour attirer le téléspectateur ? Parce que l’univers de Miranda est bien similaire à celle des récentes créations britanniques concoctées par la BBC ou ITV : la froideur de cette église protestante, le rythme dramatique de cet office funéraire, l’unique situation autour de la réapparition de cette jeune femme « violée, abusée, mariée alors qu’elle n’était encore qu’une enfant », traduisent véritablement la construction et l’ambiance de nombreuses séries policières d’outre-Manche à l’image de Broadchurch pour ne citer que la plus connue. Un peu linéaire dans les affects (une souffrance pesante y est constante), ce constat aurait pu devenir une faiblesse de l’ouvrage si ceci n’avait pas été parfaitement calibré : 1h30 de spectacle. Dans cette démarche résolument moderne, tout en respectant toutefois les codes propres au genre, la musique fusionne sans conteste, au point de ne plus avoir conscience d’écouter de la musique baroque mais simplement d’arriver à un art d’un unique tenant où tout se justifie, où rien ne dépasse… Une fusion pleine et entière en somme.

En fosse, l’ est à son apothéose : tout simplement sublime. Des nuances exaltées, des contrastes magnifiés, une sonorité intense et généreuse dans chaque élan nostalgique et douloureux, des solistes lumineux dans l’intégralité de leurs interventions, des percussions originales sans excès aucun, alors que les deux théorbes, particulièrement à l’écoute, initient de formidables dynamiques et de justes reliefs… Le rendu collectif est admirable sous la baguette du jeune chef .

Dans ce sublime écrin, les voix féminines exultent – la démarche féministe de Katie Mitchell y étant clairement affirmée – avec en tête l’attachante , totalement bouleversante dans son incarnation d’Anna, la femme de Prospero, grâce à la douceur de son timbre, son émission cristalline et colorée, et sa sensibilité pour intensifier ce rôle d’épouse douloureusement soumise. délivre une Miranda vengeresse que ses trémolos serrés et ses graves proches du parlé retranscrivent à merveille. Marie Planinsek complète parfaitement ce trio féminin d’une riche qualité, la « voix de Miranda jeune » excelle dans la transmission de sa peur, contrainte à déclamer son message en ayant plusieurs revolvers braqués sur sa personne.

, personnage au centre du drame en incarnant le père de Miranda, Prospero essentiellement à l’origine des maux de l’héroïne, a perdu sa voix pour cette première. Ne pouvant que mimer son rôle sur scène, il est remplacé au pied levé par dont la prestation ne peut que faire preuve d’admiration, le chanteur n’ayant découvert la partition que l’après-midi même de la représentation. De la fosse, le baryton démontre une étonnante assurance et propose de belles intentions ne se limitant pas ainsi à un simple déchiffrage. Le Ferdinand d’Allan Clayton, époux de Miranda, est assez peu présent mais le ténor arrive à déployer une agréable dimension à son personnage en le rendant un peu pataud dans son désespoir face à la souffrance de son épouse qu’il ne voulait pas reconnaître. Enfin, la qualité du chant de (Le Pasteur), sa mise en lumière du verbe et son timbre si particulier paraissent inébranlables de production en production, d’enregistrement en enregistrement.

La voix pure et cristalline du jeune Aksel Rykkvin (fils de Miranda) se projette admirablement dans la salle de l’Opéra Comique, celle-ci étant le dernier rouage du véritable succès artistique qu’est ce « nouvel » ouvrage lyrique Miranda.

Crédits photographiques : © Pierre Grosbois

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